L’enseignement de la pharmacie à Besançon (1806-1968)

Laurent Tatu

La déclaration royale du 25 avril 1777 supprime la maîtrise d’apothicaire et crée la maîtrise de pharmacie, mais le diplôme de pharmacien n’apparaît réellement qu’avec la loi du 21 germinal an XI (11 avril 1803). Le texte institue deux voies d’accès à ce diplôme. La première, et la plus brillante, nécessite d’avoir suivi trois années de cours théoriques dans l’une des écoles spéciales de pharmacie créées à Paris, à Strasbourg et à Montpellier, et trois années de stage en officine. Le diplôme ainsi obtenu autorise un exercice sur l’ensemble du territoire français. La seconde voie, totalement orientée sur la pratique, comporte huit années de stage, terminées par un examen passé devant un jury départemental de médecins et de pharmaciens. Elle donne uniquement accès à un exercice dans le département en question. Cette formation et les modalités d’exercice qui en découlent sont équivalentes, pour la pratique médicale, à celle du grade d’officier de santé, créé par la loi du 19 ventôse an XI (10 mars 1803). Au début du XIXe siècle, la plupart des pharmaciens bisontins sont issus de cette seconde voie.

Figure 1 : les étudiants en pharmacie à Besançon en 1898. Collection particulière.

Cette situation peu satisfaisante, à la fois pour la qualité et la quantité des pharmaciens formés, perdure jusqu’en 1840, date de la création des premières écoles préparatoires de médecine et de pharmacie qui assurent une nouvelle possibilité de formation théorique pour les pharmaciens. Celle de Besançon est créée en 1841. Le décret du 22 août 1854 supprime les jurys départementaux et institue officiellement les grades de pharmaciens de première et de deuxième classe1. Le diplôme de pharmacien de première classe nécessite trois années de stage en officine et trois années de cours dans l’une des trois écoles spéciales de pharmacie. Cette formation théorique peut être en partie effectuée dans une école préparatoire de médecine et pharmacie comme celle de Besançon. Le diplôme de pharmacien de seconde classe, accessible initialement aux non-bacheliers, est obtenu après un stage en officine dont la durée (de quatre à six ans) dépend du nombre d’années d’études théoriques (un à trois ans) effectuées dans une école spéciale de pharmacie ou dans une école préparatoire de médecine et pharmacie.

À Besançon, le premier professeur de pharmacie est Jean-Baptiste Euvrard (1745-1825), pharmacien en chef de l’hôpital Saint-Jacques. Il enseigne la chimie pharmaceutique dans le cadre des cours pratiques de médecine et pharmacie, puis de l’école secondaire de médecine jusqu’en 1825. Il institue un premier laboratoire de chimie à l’école de médecine. Pierre Desfosses (1792-1865), pharmacien installé rue des Granges à Besançon, lui succède et développe un cours de toxicologie. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, les professeurs Émile Delacroix (1809-1877) puis Charles Grenier (1808-1875) débutent, pour l’enseignement de la médecine et de la pharmacie, un partenariat durable avec la faculté des sciences.

Le décret du 12 juillet 1878 égalise la durée des études pour les deux classes de pharmaciens puis, finalement, la loi du 19 avril 1898 supprime le diplôme de pharmacien de deuxième classe (figure 1). L’enseignement de la pharmacie s’organise peu à peu sous l’impulsion de nouveaux membres du corps professoral comme Maurice Thouvenin (1857-1932).

En 1920, les écoles supérieures de pharmacie de Paris, Montpellier, Strasbourg et Nancy sont transformées en facultés de pharmacie et, au début des années 1930, la section pharmacie de l’école préparatoire de médecine et pharmacie de Besançon individualise ses locaux. Sous l’impulsion des professeurs René Jacquemain (1898-1994), chimiste à la faculté des sciences, et Eugène Ledoux (1877-1949), directeur de l’école de médecine et de pharmacie, l’ancienne école supérieure Granvelle est transformée en école de pharmacie. Ce nouveau bâtiment, aux salles de cours spacieuses et bien éclairées, obtenu grâce au soutien du maire Charles Siffert (1876-1939), est inauguré en décembre 1934 (figure 2). L’enseignement de la pharmacie y est assuré jusqu’en 1964, date du transfert de la section pharmacie dans les locaux de l’ancien arsenal militaire, où elle rejoint les premiers locaux de l’école de médecine transférés, eux, de l’hôpital Saint-Jacques.

Figure 2 : la nouvelle école de pharmacie en 1934. Ce bâtiment est situé 2, place Granvelle, ce qui correspond aux locaux actuels de la radio France Bleu. Lorsqu’il est libéré par la faculté de pharmacie, il abrite ensuite le collège de droit. Puis la faculté de droit, créée en 1968, y est installée jusqu’en octobre 1969, date à laquelle elle quitte le centre-ville pour la Bouloie. Collection particulière.

L’école nationale de médecine et pharmacie est officiellement transformée en faculté de médecine par le décret du 11 janvier 19672. Le professeur Paul Laugier en devient le premier doyen. L’établissement devient la faculté mixte de médecine et de pharmacie par le décret du 7 décembre 19683. Le professeur Jacques Panouse (1923-1991) prend en charge la section pharmacie de cette nouvelle structure. Son épouse Jacqueline Panouse (1923-1991), Professeur en bactériologie-virologie et immunologie, est l’une des premières femmes enseignantes en pharmacie à la nouvelle faculté.


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Notes :
1 – Moniteur universel, 27 août 1854. 1- 2 – Journal officiel de la République française, 12 janvier 1967. 3 – Journal officiel de la République française, 8 décembre 1968.
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