Au XVIe siècle, une université cosmopolite attirant de nombreux étudiants étrangers

Antoine Fersing

Université de petite taille selon les standards du XVIe siècle, le studium dolois se distingue en revanche par son excellente insertion dans les réseaux d’échanges universitaires de son temps. Ceux-ci reposent alors sur la pratique de la peregrinatio academica, un voyage d’étude impliquant la fréquentation successive de deux, trois ou quatre universités – rarement davantage – par lequel se distinguent les étudiants les plus fortunés ou les plus ambitieux.

Frontispice de l’année 1580 début du rectorat de Conrad de Rechberg. Les armoiries de Conrad von Rechberg zu Hohenrechberg, seigneur de Conratshofen et de Geren, recteur en 1580, dominent un élégant cartouche qui renferme un titre écrit en lettres d’or sur fond de pourpre. Le blason est accompagné de putti et de fruits. Pascal Brunet. Bibliothèque municipale de Besançon, Ms. 984, f° 118.

La part très considérable d’étudiants étrangers qui fréquentent l’université comtoise est révélatrice de son attractivité. Les registres matricules conservés pour la période 1540-1601 renseignent sur les 1 795 étudiants inscrits à l’université de Dole au cours des 27 années pour lesquelles le registre matricule a été conservé : 1 107 ne sont pas originaires du comté de Bourgogne, auxquels il faut probablement ajouter une partie des 130 étudiants sans mention d’origine géographique. La proportion d’étudiants étrangers est comprise entre 61,6 % et 68,9 %, chiffres saisissants. En effet, les universités les plus cosmopolites du siècle, comme Heidelberg ou Leyde, comptent entre un tiers et la moitié d’étudiants étrangers. Dans d’autres, comme Oxford ou Ingolstadt, c’est à peine 1 % du total des étudiants inscrits qui provient d’un autre pays.

Début des annales de Conrad de Rechberg. Ces annales débutent par l’énoncé du nom et des titres du recteur. Bibliothèque municipale de Besançon, Ms. 984, f° 118.

À Dole, le premier contingent d’étudiants étrangers est originaire de l’Empire, avec 442 personnes sur 1 795 inscrits enregistrés par la matricule, soit 24,6 %. Sans surprise, la plupart d’entre eux proviennent des diocèses de l’ouest et du sud de l’Empire : 55 de Constance, 45 de Trèves, 41 de Strasbourg, 37 de Spire et 28 de Cologne. Sensiblement moins nombreux, les 274 étudiants français, soit 15,3 % du total, rassemblent 129 Bourguignons, ce qui prouve que les liens entre le duché et le studium dolois ne sont pas entièrement rompus. Viennent ensuite les étudiants issus des Pays-Bas (les Dix-Sept Provinces, sans distinction d’appartenance confessionnelle ou politique), avec 269 inscrits, soit 15 % du total. L’origine géographique et confessionnelle semble jouer pour eux un rôle moins déterminant que pour les étudiants allemands. En effet, à côté des 60 étudiants issus du diocèse de Liège, des 56 de celui de Cambrai et des 45 de celui de Tournai, 81 étudiants émanent de celui d’Utrecht. Ceux qui sont originaires d’autres espaces sont nettement moins nombreux. Seuls 13 Anglais, 11 Italiens et 3 Espagnols sont enregistrés dans la matricule.

“ANNALES LAVRENTII . HOLTMAN NATIONE GERMANI, ANNI 1563”. Frontispice de l’année 1563, début du rectorat de Laurent Holtman, manuscrit 984 de la Bibliothèque municipale de Besançon. Bibliothèque municipale de Besançon, Ms. 984, f°36 v°.

Cette forte proportion d’étudiants étrangers tient pour une large part à l’emplacement du studium dolois, idéalement situé sur la route de l’Italie pour les étudiants catholiques des régions du sud-ouest de l’Empire ou des Pays-Bas espagnols. De plus, l’université jouit d’une bonne réputation, avec la présence de professeurs renommés. Son image de « ville joyeuse », décrite par Luc Geizkofler, qui relate des coutumes propres aux étudiants des rives du Doubs, a sans doute contribué également à l’attractivité de l’université.

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