Edmond Eugène Colsenet (1847-1925)

Michaël Crevoisier

Né et mort à Besançon (20 avril 1847 – 26 mars 1925), chevalier de la Légion d’honneur (1896), Edmond Eugène Colsenet est une figure locale siégeant au conseil municipal de 1889 à 1900 et dont une rue garde le nom. Il commence ses études au lycée de Strasbourg, puis à Paris au lycée Henri IV, intègre l’École normale supérieure en 1868 et obtient l’agrégation de philosophie (5e rang) en 1872. Alors qu’il est affecté au lycée de Lille, il prépare à la faculté des lettres de Paris une thèse de doctorat en psychologie, qu’il soutient le 23 juin 1880. Pour une part, l’objectif de ses thèses (publiées en 1880) est de démontrer l’irréductibilité du psychisme à la réalité physiologique du cerveau. Pour cela, Colsenet s’intéresse à la notion d’inconscient, très récemment introduite en France. Ses travaux, pionniers dans le domaine, vont structurer la manière dont l’interprétation de cette notion émerge au xixe siècle.

Portrait d’Edmond Colsenet (1847-1925) extraite d’une photographie de groupe, prise vers 1887 à la ferme de Belin au Thoult-Trosnay (département de la Marne). Collection privée.

La thèse latine, un manuscrit de 57 pages intitulé De mentis essentia Spinoza quid senserit1, n’est pas directement consacrée au concept d’inconscient, mais interroge plus généralement la solution que Spinoza propose au problème de l’unité de l’âme. Il expose, dans une première partie, la définition de l’essence de l’âme, en questionnant notamment le point suivant : si l’âme est tout entière faite d’idées, n’en est-elle que la simple somme ? Non, répond Colsenet avec Spinoza, car sinon d’où proviendrait son ordre ? Il faut que l’âme ait une unité pour être ordonnée ; c’est pourquoi, dans une deuxième partie, Colsenet analyse cette unité dans son articulation avec la vie du corps. Dans sa seconde thèse, intitulée Études sur la vie inconsciente de l’esprit2, Colsenet poursuit chez Leibniz son questionnement sur la nature de l’âme. Au-delà de l’exposition de la doctrine, une idée centrale y est défendue : l’inconscient n’est pas un état de faible conscience (ce que nous pourrions attendre d’une lecture leibnizienne), mais une partie de l’âme. C’est l’analyse des modalités de la vie inconsciente chez les différents être vivants, dans leur comportement et leur sensibilité, qui l’amène à cette idée. Plus précisément, il affirme que les phénomènes conscients trouvent leur fondement dans cette couche inférieure du psychisme qu’est l’inconscient. L’originalité de sa thèse tient dans le parti pris épistémologique qui la sous-tend. D’un côté, l’analyse de l’inconscient doit rester d’ordre psychologique, elle n’implique pas l’élaboration d’une métaphysique. D’un autre côté, l’analyse psychologique doit se garder d’adhérer à une vision physiologique, tel que Pierre Janet (1859-1947) le propose avec son concept de subconscient.

Publication de ” La vie inconsciente de l’esprit”, seconde thèse pour le doctorat, présentée à la Faculté des lettres de Paris, d’André Edouard Colsenet (1847-1925). Livre publié à Paris, par la Librairie Germer, BaillIère et Cie, en 1880. université de Franche-Comté, BU Lettres, LET.PARI.1880.22. Emmanuel Laurent.

L’originalité de sa position relève aussi d’une certaine méthode qui combine introspection et induction des sciences de la vie, de sorte que son spiritualisme s’approche davantage d’un néo-criticisme et apparaît précurseur de ce que proposera Henri Bergson. Une autre référence importante confirme cet ancrage spiritualiste : Colsenet élabore sa théorie de l’inconscient en rapport avec un évolutionnisme fondé sur la notion de tendance, qu’il met déjà en évidence dans son étude sur Leibniz, et qu’il comprend au sens qu’en donne Renouvier.

Colsenet commence sa carrière universitaire en 1881 en tant que maître de conférences de philosophie à la faculté des lettres de Douai, puis professeur suppléant de philosophie à la faculté des lettres de Besançon (1881). L’obtention d’un poste de professeur titulaire lui impose de quitter Besançon en 1883 pour la faculté d’Aix. Il revient deux ans plus tard et termine sa carrière de professeur en 1919. Son engagement dans la vie universitaire se remarque en particulier par sa participation à la société d’émulation (dont il est président en 1887), et son élection au poste de doyen durant trois ans (à partir du 16 mars 1906) : il défend notamment la libre détermination des enseignements des facultés, contre l’autorité de l’État qui voudrait les spécialiser.


Notes :
1 – Edmond Eugène Colsenet, De mentis essentia Spinoza quid senserit, Paris, Éd. Germer Baillière, 1880 (thèse complémentaire). 2 – Id., Études sur la vie inconsciente de l’esprit, Paris, Éd. Germer Baillière (« Bibliothèque de philosophie contemporaine »), 1880 [rééd. Paris, L’Harmattan (« Encyclopédie psychologique »), 2007]. Bibliographie
  • Edmond Eugène Colsenet, Études sur la vie inconsciente de l’esprit, Paris, Éd. Germer Baillière, coll. « Bibliothèque de philosophie contemporaine », 1880 (réédition Paris, L’Harmattan, coll. « Encyclopédie psychologique », 2007).
  • Edmond Eugène Colsenet, De mentis essentia Spinoza quid senserit, thèse complémentaire, Paris, Éd. Germer Baillière, 1880.
  • Edmond Eugène Colsenet, L’esthétique, discours prononcé à la séance solennelle de rentrée des facultés le 29 novembre 1886, Besançon, Dodivers, 1886.
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