Raimondo de Marliano (1470-1475)

Werner Paravicini

Ce Milanais, membre de la noblesse urbaine, est en son temps un très célèbre juriste. Né vers 1410, mort le 20 août 1475 à Louvain, il est tout d’abord un homme du monde, puis à partir de 1463, après la mort de sa femme et probablement celle de ses enfants, il devient ecclésiastique et prêtre1. Nous ne savons pas pourquoi il ne fait pas carrière au service des ducs de Milan comme les autres membres de sa famille. Il assure néanmoins leur lien avec la cour de Bourgogne et la Curie romaine. Promu docteur en lois et décret à Pavie, il habite Dole et enseigne à l’université dès 1441. Attesté à Dole encore en 1457, il y acquiert une maison et des terres. Mais, en mars 1461, il se rend à Louvain, appelé pour enseigner le droit canon dans cette autre université bourguignonne. Il n’y reste que deux bonnes années. Durant les dix ans suivants, tout en continuant à servir le duc de Milan à distance, il se rapproche du duc de Bourgogne, dont il est le conseiller, quoiqu’il ne soit cité dans aucune ordonnance de l’hôtel. Il sert également un autre seigneur : le prince-évêque de Liège, un client bourguignon, en 1461, dont il devient très vite le conseiller, chancelier et garde des sceaux.

Page de titre et deux premières pages du livre Fasti academici studii generalis Lovaniensis, Louvain, 1635. Bibliothèque nationale de France, M-7

Quand la cité rebelle est incendiée et détruite par les troupes de Charles le Téméraire en novembre 1468, Marliano se retire à Rome où il entre dans la clientèle du cardinal Francesco Todeschini-Piccolomini (1460-1503), futur Pie III (1503). Il crée, pour ce dernier, un index géographique du Bellum Gallicum de César et de la Germania de Tacite, souvent copié et rapidement imprimé. En 1472, il accompagne le cardinal grec Basilius Bessarion (1439-1472) en France, renforçant ainsi ses relations avec les milieux humanistes des deux côtés des Alpes. Au début de l’année 1474, cédant aux invitations pressantes, il retourne à l’université de Louvain. Assez affaibli par la maladie, il ne semble toutefois pas y avoir donné beaucoup de cours. Il s’occupe alors de défendre les intérêts des églises des Pays-Bas auprès du duc Charles le Téméraire qui veut les charger d’un impôt. Son adversaire juridique est le chancelier bourguignon Guillaume Hugonet († 1477), qui était en vérité son ami. Le compromis sur l’impôt est trouvé peu après la mort de Marliano. Autre preuve de son extraordinaire renommée, en 1473, la ville de Louvain offre à son celeberrimus et incomparabilis juris utriusque doctor le quintuple du salaire habituellement payé à un professeur.

Page de titre et deux premières pages du livre Fasti academici studii generalis Lovaniensis, Louvain, 1635. Bibliothèque nationale de France, M-7

Vers la fin de sa vie, il veut rentrer en Lombardie, mais la mort l’en empêche. Il laisse un testament en date du 18 mars 1475, rédigé à Malines en présence de ses collègues juristes du Parlement des Pays-Bas. Ses exécuteurs testamentaires sont, entre autres, son ami Guillaume Hugonet et le Comtois Jean Ier Carondelet. Ce document en dit long sur ses relations, possessions et fondations. Il crée onze bourses d’études universitaires à la disposition de diverses instances à Milan, des chapitres de Besançon et de Liège (dont il est chanoine), de Tournai, de Cambrai, de l’université, du chapitre et de la ville de Louvain comme de Dole, ainsi que pour les descendants de ses exécuteurs testamentaires. À l’intention de ces boursiers, il institue, en outre, dans sa maison à Pavie, le Collegio Marliano, qui perdure jusqu’à nos jours.

Page de titre et deux premières pages du livre Fasti academici studii generalis Lovaniensis, Louvain, 1635. Bibliothèque nationale de France, M-7

Raimondo de Marliano est l’un de ces hommes d’outre-Alpes disposant d’un savoir nouveau qui leur confère une supériorité parfois écrasante. Mercenaire du droit et de la diplomatie, il appartient à un type de lettrés dont les princes ne peuvent désormais plus se passer, mais dont ils se méfient aussi, tant ces habiles négociateurs savent mener, en même temps, deux affaires contradictoires2.


Notes :
1 – Werner Paravicini, « Raimondo de Marliano. Ein Schicksal im Quattrocento zwischen Italien und Burgund », Revue belge de philologie et d’histoire, 89/3-4, 2011, p. 1075-1164 (avec l’édition du testament). 2 – Werner Paravicini, « Raimondo de Marliano. Ein Schicksal im Quattrocento zwischen Italien und Burgund », Revue belge de philologie et d’histoire, 89/3-4, 2011, p. 1075-1164 (avec l’édition du testament). Bibliographie
  • Werner Paravicini, « Raimondo de Marliano. Ein Schicksal im Quattrocento zwischen Italien und Burgund », Revue belge de philologie et d’histoire, 89/3-4 (2011), p. 1075-1164 (avec l’édition du testament).
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