Les programmes d’études et les enseignements 

Thierry Kouamé

Notre connaissance des matières enseignées à l’université de Dole est très variable selon les facultés. Le programme de la faculté des arts est ainsi le seul à être vraiment détaillé dans les statuts. Sans surprise, il se fonde, pour l’essentiel, sur l’étude du corpus aristotélicien dans la droite ligne du modèle parisien. L’obtention de la maîtrise ès arts nécessite d’avoir suivi des cours sur toute la logique d’Aristote, la Physique, le De caelo, le De generatione et corruptione, le De anima, les Météores, les petits traités d’histoire naturelle, la Métaphysique et l’Éthique, ainsi que sur les Éléments d’Euclide et le De sphaera de Johannes de Sacrobosco (§ 62). L’ampleur d’un tel programme invite d’ailleurs à relativiser les durées d’études obligatoires prescrites par les statuts (deux ans et demi avant la maîtrise ès arts), car il ne pouvait s’agir, à l’origine, que d’un temps minimum de présence à Dole pour des étudiants étrangers qui avaient déjà suivi une partie de ces cours ailleurs.

Frontispice de l’année 1547, début du rectorat de Christophe Mellinger. Bibliothèque municipale de Besançon, Ms. 983, f°54bis.

À partir du milieu du XVIe siècle, les répartitions des gages des professeurs révèlent les aménagements apportés à ce programme très scolastique. En 1571, une ordonnance du duc d’Albe, gouverneur des Pays-Bas, précise, en effet, que la faculté des arts de Dole compte trois professeurs, en grec, en hébreu et en humanités, en plus des professeurs de philosophie, ce qui indique une claire volonté d’adapter cet enseignement au projet pédagogique humaniste3. En 1593, le professeur de grec a toutefois disparu de la répartition des gages, tandis qu’en 1617, les chaires d’hébreu, d’humanités et de philosophie ne sont plus mentionnées, le collège des jésuites de Dole ayant purement et simplement pris la place de la faculté des arts4

Mention du mot “PROFESSORES MORTUI” (Professeurs morts) et “SCHOLASTICI DEFV [n]CTI” (élèves défunts), 1563. Bibliothèque municipale de Besançon, Ms. 984, f°41 v°.

Les matières enseignées dans les facultés supérieures sont plus difficiles à appréhender. La faculté de droit civil est, de loin, la plus développée et la plus prestigieuse. Dès le xve siècle, elle bénéficie d’une chaire richement dotée par le prince. Confiée à un professeur renommé, étranger ou formé à l’étranger, elle a pour but d’attirer les étudiants grâce à un enseignement d’excellence. Si les premiers bénéficiaires sont des juristes italiens ou formés en Italie dans la plus pure tradition bartoliste, à partir du milieu du xvie siècle, la faculté de Dole semble se convertir à l’humanisme juridique. On assiste, en effet, au recrutement de Niccolò Bellone, ami d’Alciat, mais surtout de juristes français ou formés à l’université de Bourges, comme Charles Du Moulin (1500-1566), Étienne Stratius ou Claude Chifflet (1541-1580). Ainsi, l’ordonnance de 1571 prévoit encore que l’un des deux professeurs ordinaires sera « tenu de lire le texte et la glose avec Bartole », alors que la répartition de 1617 indique deux cours spécialisés, l’un sur le Digeste, l’autre sur le Code, ce qui ne correspond plus à la tradition scolastique.

Mention “Professores hoc anno recepti” (Professeurs reçus cette année), 1563. Bibliothèque municipale de Besançon, Ms. 984, f°41 v°.

En 1593, l’université de Dole ne compte pas moins de neuf chaires de droit civil. En plus du professeur étranger et des deux professeurs ordinaires, deux chaires sont affectées à l’enseignement des Institutes et une autre au droit criminel. Un cours porte, en outre, sur l’interprétation des termes de droit, un autre sur l’exposé des règles de droit et un dernier sur les topiques légales, c’est-à-dire sur l’art de l’argumentation juridique. Face au développement du droit civil, l’enseignement des autres facultés supérieures semble minimaliste : deux chaires de théologie, deux de droit canonique et deux de médecine, auxquelles s’ajoute, en 1619, une chaire d’anatomie5. À Dole, on enseigne même, depuis 1653, la coutume de Franche-Comté, comme le rappellent les lettres patentes qui fondent la chaire en 16596

Mention “AD AMICUM” ET, CANDIDATUM LECTOREM”, (À mon ami et candidat lecteur…), 1563. Bibliothèque municipale de Besançon, Ms. 984 f°76.

Notes :
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