Le Théâtre universitaire de Franche-Comté (TUFC), association selon la loi de 1901, dépose ses statuts en 1986 dans la dynamique de la loi Savary de 1984. Il a vocation à ressembler tous les étudiants et personnels de l’université. D’emblée, Joseph Melcore, metteur en scène professionnel et animateur, diplômé de la faculté des lettres d’Aix-en-Provence, est recruté. De multiples institutions apportent rapidement leur soutien au TUFC, comme le Crous, la direction des affaires culturelles, le centre régional du livre, la ville de Besançon, et la région. En 1993, il essaime à Montbéliard. Ses créations conquièrent un nombre croissant de spectateurs.
L’activité du TUFC devient très vite créatrice, interculturelle et internationale, en un mot citoyenne du monde. De 1990 à 2012, il édite aux Annales littéraires puis aux PUFC 44 numéros de la revue semestrielle Coulisses,qui devient ensuite Skén&graphie. Elle affiche à la fois son actualité, la programmation théâtrale bisontine, les rencontres avec des auteurs ou metteurs en scène aussi prestigieux que Valère Novarina ou Armand Gatti, des articles thématiques qui valorisent la recherche étudiante. Ainsi, le travail sur « Théâtre et science », sujet peu traité, et des publications d’actes de colloques lui procurent une notoriété certaine.
De 1986 à 2004, le TUFC propose une cinquantaine de créations théâtrales, extrêmement variées dans leur registre et le plus souvent collectives, allant de deux à trente acteurs. L’Electre de Sophocle voisine avec L’Épidémie, satire de Mirbeau, ou avec le très contemporain Becket. Pendant ces 18 ans, sous la direction de sa fondatrice et présidente, Lucile Garbagnati, maître de conférences de littérature comparée à la faculté des lettres de Besançon, rédactrice en chef de Coulisses, le TUFC est invité en solo ou dans de nombreux festivals, à Paris VIII, Bordeaux, Nancy, Metz, ainsi que dans une multitude de pays : Portugal, Canada et Mexique, Espagne, Belgique, Lituanie, Estonie, Russie et Allemagne.

Le TUFC organise annuellement, à partir de 1990, les Rencontres internationales du Théâtre universitaire de Franche-Comté (RITUFC). Ces manifestations accueillent, en retour, des troupes du monde entier, soit sept à dix par session de cinq jours en moyenne, avec spectacles, retours des critiques, mais aussi de mémorables fêtes ! Par excellence, une RITUFC constitue un lieu d’échange d’expériences entre étudiants et enseignants, d’ici et d’ailleurs, de discussions, de lancement de projets chimériques dont certains se réalisent parfois, comme Cymbeline ou encore la résidence-création d’Armand Gatti.
Cymbeline, d’après Shakespeare, est une coproduction interculturelle en cinq langues de huit théâtres universitaires, ouvrant une tournée européenne de 12 000 km, du 22 juillet au 15 août 1993.Un périple de Besançon à Edinburgh via Dijon, Urbino (Italie), Iasi (Roumanie), Vilnius (Lituanie). Elle est conçue et réalisée pour célébrer avec le traité de Maastricht, signé en 1992, l’avènement de la citoyenneté européenne. Après une première rencontre à Besançon, où ces différents théâtres universitaires (TU) reconstituent et harmonisent les pièces du puzzle sous la direction de François Rodinson, metteur en scène du Centre dramatique national, les TU travaillent séparément pendant deux ans, la partie qu’ils vont représenter. Les représentations des 21 et 22 juillet 1993, au grand Kursaal, connaissent un grand succès, comme les autres.
La résidence-création d’Armand Gatti, elle, met la parole poétique de l’auteur sur la science à l’épreuve de la représentation. Du 1er juillet au 31 août 2003, 33 étudiants de disciplines diverses, venus du monde entier (Canada, Corée, Israël, Ukraine, États-Unis…) s’entraînent au kung-fu ou au chant choral, suivent des conférences sur les mathématiques pour créer la pièce Le Couteau d’Évariste Galois. Elle se conclut par trois « répétitions publiques », selon le terme employé par A. Gatti, très appréciées de l’auditoire.
Ces années sous la direction de Lucile Garbagnati, débordant d’énergie intellectuelle et culturelle et de sa passion pour le théâtre, avec l’accompagnement professionnel de Joseph Melcore et l’engagement sans faille de si nombreux étudiants et personnels, à tous niveaux, qu’ils soient acteurs ou chargés des décors, des costumes ou de l’aménagement des lieux ont représenté une aventure inédite et passionnée. Dans ce creuset culturel international du TUFC, tous ont œuvré à démontrer, tel le vers de Shakespeare, que « L’homme est l’étoffe de ses rêves ».
