Le jardin des disputes

Pascal Brunet

Très vite après l’ouverture, en 1845, de la nouvelle faculté des sciences de Besançon, Charles-Cléophas Person1 (1801-1884), qui est le premier professeur à en occuper la chaire de physique, témoigne dans une publication d’une curiosité pour les phénomènes optiques2. Cet intérêt se confirme ensuite, en 1856, avec les études sur la diffraction de Jean-Antoine Quet (1810-1884) qui marque le début des recherches systématiques sur la lumière et ses applications à Besançon.

Plan masse des bâtiments de l’Académie de Besançon vers 1875. Ce plan présente notamment la physionomie de la cour et du jardin de l’Académie avant les transformations de la fin du XIXe et du XXe siècles. Ce plan est vraisemblablement de la main de l’architecte municipal Alphonse Delacroix (1807-1878) et de ses collaborateurs. Bibliothèque municipale de Besançon, 2Fi549.

Ces deux personnalités scientifiques sont cependant en conflit, un différend hiérarchique les oppose : Jean Antoine Quet, alors recteur, ne supporte pas que Charles-Cléophas Person, alors doyen de la faculté des sciences, écrive personnellement au ministre et au maire sans passer par lui.

L’un des points de friction concerne le jardin académique. Le recteur veut s’en attribuer la jouissance exclusive, alors que son usage a été confié en 1844 par la ville à la faculté des sciences, comme terrain d’expérimentations scientifiques. Le 4 mai 1855, J.-A. Quet, en sa qualité de recteur, écrit au ministre Hippolyte Fortoul (1811-1856) : « j’ai aussi quelque peine à comprendre pourquoi, dans les dix premiers jours de mon rectorat [en 1854], j’ai été obligé d’empêcher que l’on enterrât le cadavre en putréfaction d’une hyène dans une partie de jardin très rapprochée de mes fenêtres, ni comment il se fait qu’à la même époque, il m’ait fallu ordonner de retirer les feuilles pourries, c’est-à-dire les fumiers du jardin3, qui avaient été entassées non pas en un endroit retiré mais tous près de mes fenêtres, et finalement demander l’expulsion du domestique qui, même après vingt jours, n’avait pas encore exécuté mes ordres »4. En 1856, sans doute las de ce bras de fer, le recteur quitte Besançon pour occuper le même poste à l’académie de Grenoble.


Notes :
1 – Charles-Cléophas Person, docteur en médecine, ancien Interne des hôpitaux, agrégé de la faculté de médecine de Paris, docteur ès sciences, agrégé de l’université, professeur de physique au collège royal et aux écoles municipales de Nancy, de Metz et de Rouen. 2 – John Dudley et Maxime Jacquot, « Une journée sous influence du chiffre 6 », En direct, sept.-oct. 2023, 3 – En 1854, Charles Grenier, encore professeur à l’école secondaire de médecine et, simultanément, titulaire de sa chaire à la faculté de sciences, est directeur du jardin botanique. Ce dernier est situé à la fois dans la cour de l’école de médecine et dans celle de la faculté des sciences. Il est donc fort probable que du fumier ait pu servir à engraisser le sol des cultures botaniques. 4 – AN, F17 14487.
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