La bibliothèque d’Anselme III de Marenches (v. 1520 – v. 1590), humaniste à l’université de Dole

Danielle Ducout et transcription de Paolo Rosso

Anselme de Marenches, premier professeur de droit à l’université, décédé en 1499, donne naissance à une illustre descendance de juristes, administrateurs et mayeurs de la ville de Dole1. Son arrière-petit-fils Anselme III n’est pas le plus connu d’entre eux. Mentionné professeur ordinaire à l’université en 1581, il est également lieutenant général au bailliage, ce qui lui assure des revenus confortables. Il épouse Jeanne de Ferrières, descendante de seigneurs comtois2.

Dans son testament rédigé en 1587, Anselme fait part de son souhait d’être inhumé en la chapelle Saint-Paul de la collégiale de Dole récemment achevée. Sans enfants, il laisse ses biens à sa sœur Guillemette, religieuse, et aux filles de son cousin germain, François de Marenches, conseiller au parlement de Dole et conseiller-juge pour le roi Philippe II en la cité impériale de Besançon. Mais ses livres, un incunable vénitien de 1478, et 24 volumes publiés au XVIe siècle, font l’objet d’un legs spécifique à la bibliothèque du collège des Jésuites de Dole3.

Livre Aulu Gelle “les Nuits attiques” publié en 1519. Page de couverture annotée de la devise “Rien trop” de la main d’Anselme de Marenches. Bibliothèque municipale de Dole, TF 4169. Maxime Ferroli.

En plus des professeurs étrangers au prestige reconnu, le corps professoral de la faculté de droit civil compte cinq régents ou lecteurs ordinaires, dont Anselme fait partie : ils commentent les ouvrages de référence, les Institutes, le Digeste et le Code de Justinien. Aucun de ces manuels de droit ne figure parmi les vingt-cinq livres conservés, qui témoignent au contraire du goût d’Anselme III de Marenches pour les lettres classiques, la théologie et les sciences médicales. Son ex-libris manuscrit, d’une écriture fine et nerveuse, assorti parfois d’une date (celle de l’achat ?) ou de la devise familiale « Rien trop », en témoigne. Au fil des pages, ses maximes latines, ses références et annotations, attestent de sa belle érudition philologique et littéraire. Ainsi, il corrige dans ses marges un dictionnaire de grec, imprimé à Bâle en 1522, d’après une édition postérieure de 1548. De même, l’édition de l’Odyssée d’Homère publiée à Rome en 1510 présente ses nombreuses corrections stylistiques et scientifiques.

Livre Lexicon (lexique grec-latin),publié en 1522 et issu de la Bibliothèque des Marenches. Ce document est un acte d’achat de manuscrits qu’Anselme de Marensches a conclu à Mondovi le 27 septembre 1456. Bibliothèque municipale de Dole, H2927 (Rés III). Maxime Ferroli.

Anselme possède une Bible, imprimée en 1564, des œuvres d’apologistes chrétiens et de pères de l’Église (Cyprien, Lactance, Origène, Jérôme, Irénée de Lyon), dans des éditions savantes d’Érasme provenant des grands centres typographiques européens. Il détient un exemplaire rare de L’Histoire évangélique de Juvencus, poète chrétien du ive siècle. La littérature classique, mise à l’honneur par Guillaume Budé et Robert Estienne, est présente dans sa bibliothèque érudite par Les Histoires d’Hérodote, les Fables d’Ésope en édition bilingue grecque et latine, L’Art poétique d’Horace imprimé par Plantin à Anvers, ou encore par des éditions de Sénèque, de Juvénal. Ajoutons une mention spéciale pour les Nuits attiques d’Aulu Gelle, édition bâloise de 1519, dotée d’une page de titre à encadrement gravé sur bois dans le plus pur style de la Renaissance. Les Aphorismes d’Hippocrate, Les Secrets des femmes d’Albert le Grand et d’autres traités médicaux, dont celui de Muhammad Razès, amènent à s’interroger sur le profil universitaire d’Anselme III. Ses intérêts livresques correspondent davantage à la culture d’un docteur en arts et en médecine (les deux disciplines étant souvent associées) plutôt qu’à celle d’un juriste. Sa bibliothèque est bien celle d’un véritable humaniste !

Manuscrit d’Anselme de Marensches. Ce document est un extrait de l’acte d’achat de manuscrits qu’Anselme de Marensches a conclu à Mondovi le 27 septembre 1456. Archivio di Stato di Cuneo, Notai, Mondovì, Donzellus Battista, vol. 2 (1454-1457), ff. 310v-311r, doc. 837.

Texte original de cette page Archivio di Stato di Cuneo, Notai, Mondovì, Donzellus Battista, vol. 2 (1454-1457), ff. 310v-311r, doc. 837, retranscript par le Professeur Paolo Rosso, professeur d’histoire médièvale, Département de Philosophie et des sciences de l’éducation, Université de Turin.

Egregii legum doctoris domini Ansermini Marenchi.

In nomine Domini. Amen. Anno Domini M°CCCCLVI, inditione quarta, die XXVII Septembris, actum in civitate Montisregalis, videlicet in domo Costancii Marenchi, presentibus Conrado Marencho, Luchino de Morotio et VadinoUrbano, testibus vocatis et rogatis, Iohannes Marcus et Iohannes Luchinus, fratres de Paganis, per sese et eorum heredes iure proprio et imperpetuo dederunt, vendiderunt et tradiderunt egregio legum doctori domino Ansermino Marencho, presenti et stipulanti pro se et suis heredibus, libros inscriptos // et sub condicionibus inscriptis. Et primo Decretales. Item Bartolus Super 2a parte Inforciati. Item Baldus Super 4° et VI° Codicis. Item Bartolus Ad reprimendum, cum quibusdam tractatibus et quodam repertorium Bartoli Super IIa parte Digesti novi, cum quibusdam questionibus in principio Arbreci Super statutis completum. Item Bartolus Super Ia parte Inforciati. Item Baldus Super feudis, cum quodam repertorio Bartoli Super prima parte Digesti novi. Item Baldus Super II° et III° Codicis. Item Bartolus Super Digesto veteri. Item Clementine. Item Bartolus Super tribus libris Codicis, ad habendum, tenendum et possidendum et quicquid dicto domino Ansermino et heredibus suis deinceps placuitur perpetuo faciendo, cum omnibus et singulis iuribus suis liberos et expeditos ab omni servili condicione praeter decimam et excepta condictione inscripta et pacto inscripto. Et hoc pro pretio et nomine pretii florenorum quadraginta ad rationem grosorum duodecim pape pro singulo floreno, quod pretium dicti venditores habuerunt et receperunt a dicto domino Ansermino in denaris numeratis tantum, in presentia mei notarii infrascripti et testium suprascriptorum, exceptioni eis non dati, non soluti et non numerati dicti precii omnino renuntiantes, constituentes sese dicti venditores predictos libros tenere et possidere precario nomine dicti domini Ansermini donec de predictis ipse dominus Anserminus corporalem acceperit possessionem quam accipiendi sua propria auctoritate, et retinendi deinceps ei licentiam omnimodam dederunt, promittentes dicti venditores per sese et eorum heredes dicto domino Ansermino presenti et stipulanti pro se et suis heredibus litem nec controversiam de dictis libris ullo tempore non inferre nec inferenti consentire sed ipsos libros ab omni persona, comune, colegio et universitate legiptime defendere, autorizare et disbligare et predictam venditionem et omnia et singula suprascripta perpetuo firma et rata habere et tenere, sub obligatione omnium bonorum suorum presentium et futurorum, et reffectione omnium damnorum, expensarum et interesse litis etc.

Acto tamen inter ipsos dominum Anserminum, Iohannem Marcum et Iohannem Luchinum per pactum expressum solempni stipulacione firmatumque semper et quacumque ipse dominus Anserminus venerit a partibus Bergundie et dicti libri melius valerent pretio suprascripto quod tunc ipse dominus Anserminus teneatur et debeat dictis Iohanni Marco et Iohanni Luchino satisfacere de omni eo quod plus valerent seu valebunt. Et si minus valerent pretio suprascripto, tunc ipsi Iohannes Marcus et Iohannes Luchinus de omni eo quod minus valerent teneantur et debeant satisfacere eidem domino Ansermino. De quibus omnibus et singulis dictus dominus Anserminus iubsit [sic] sibi fieri publicum instrumentum.


Notes :
1 – Nicolas-Antoine Labbey de Billy, Histoire de l’université du Comté de Bourgogne…, Besançon, Claude-François Mourgeon, 1814. 2 – Danielle Ducout, « Anselme de Marenches, professeur et humaniste au XVIe siècle », in Jacky Theurot, Danielle Ducout et al., « “Rien trop” : la famille de Marenches et Dole du xve siècle à nos jours », Cahiers dolois, no 13, 1997, p. 47-58 (carte, catalogue des ouvrages). 3 – Partie intégrante de la bibliothèque municipale depuis 1803. Les mentions sont dispersées dans le catalogue imprimé du bibliothécaire Pallu en raison de son classement thématique.
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