Hilaire de Chardonnet (1839-1924)

André Ferrer

Les parents d’Hilaire de Chardonnet, le comte François Marie Gustave Bernigaud de Chardonnet (1804-1875) et son épouse Marie-Louise Christine Pautenet de Vereux (1807-1880), sont de fervents catholiques et de farouches légitimistes ; la famille n’a été anoblie que sous Louis XVIII et le titre de comte accordé par Charles X, alors en exil.

Blason de la famille Bernigaud de Chardonnet dans le salon Préclin, 20 rue Chifflet. Ces armes parlantes se lisent « d’azur au chevron d’or accompagné de deux roses d’argent », mais, « en pointe, d’un arbre terrassé sur lequel est perché un chardonneret, le tout d’or ». Pascal Brunet. Gérard Dhenin.

Les Chardonnet s’installent à Besançon et ont la chance de faire un gros héritage en 1840 : Gustave obtient les biens considérables de ses aïeux maternels, les Callard de Gergy, possessionnés en Bourgogne. En outre, Gustave trouve un trésor de pièces d’or et d’argent dans la maison des Callard à Chalon-sur-Saône. En 1841, ils acquièrent leur résidence bisontine, au 20 de la rue du Perron1. Ils y effectuent d’importants travaux d’aménagement, en particulier dans le salon où leurs armoiries figurent toujours au-dessus des fenêtres sur cour. Ce lieu2 devient l’un des principaux foyers de la vie mondaine et sociale bisontine. Madame de Chardonnet y reçoit proches et amis tous les mardis. « Le théâtre de la société de la rue du Perron » est animé par le comte Gustave, ses fils y jouent également.

Portrait d’Hilaire de Chardonnet, âgé de 27 ans,1866. Besançon, Musée du Temps, Inv.1958.11.128.

Le fils aîné, Hilaire, futur inventeur, est né place Dauphine en 18393 mais il vit, dès 1841, dans l’hôtel familial de la rue du Perron. Hilaire et son frère cadet Alfred y reçoivent leur instruction. Les leçons sont données par leur père et par une préceptrice allemande. Après avoir obtenu son baccalauréat à seize ans, Hilaire fréquente la faculté des sciences de Besançon, où il bénéficie des enseignements des professeurs Résal en mécanique, Person en physique et Loir, beau-frère de Pasteur, en chimie. Il intègre l’École polytechnique en 1859, puis le service des Ponts-et-Chaussées, dont il démissionne rapidement, refusant de prêter serment à Napoléon III. Hilaire devient alors chambellan du comte de Chambord dans son exil de Frohsdorf. Ce dernier lui demande de rédiger une notice sur les maladies des vers à soie : c’est le déclic pour Chardonnet, qui débute ainsi ses recherches. Hilaire entre alors en contact avec le baron de Ruolz Montchal, chimiste réputé, dont il épouse la fille en 1866.

Revenus à Besançon en 1883, Hilaire de Chardonnet et son épouse y résident souvent jusqu’en 1889. Hilaire préside l’académie bisontine puis la société d’émulation du Doubs ; il est aussi critique de théâtre pour le journal L’Union franc-comtoise. Il effectue de nombreux travaux scientifiques dans des domaines variés : rayons chimiques, verres optiques, œil, lois de la réflexion et photographie. En visitant le laboratoire de son ami, le photographe bisontin Alfred Adolphe Boname (1844-1930), il aurait découvert, incidemment, le fil de collodion, dont il dépose le brevet en 1884. Il poursuit ses travaux sur la soie artificielle dans sa villa de Gergy (Saône-et-Loire) et dans son château du Vernay (Isère). à l’exposition universelle de Paris en 1889, il reçoit un grand prix pour sa machine à filer la soie. En but à l’hostilité des soyeux lyonnais, Hilaire reçoit l’appui de ses amis bisontins. Besançon souffre alors d’une crise horlogère : une nouvelle activité, créatrice d’emplois, serait la bienvenue. Lors du banquet annuel de la société d’émulation, en 1889, le maire Claude François Vuillecard sollicite avec succès Chardonnet pour qu’il y installe son usine de soie artificielle.

Buste d’Hilaire de Chardonnet (1839-1924), sculpté en 1923 par sa fille Anne de Chardonnet (1869-1926). Besançon, Musée des Beaux-arts et d’archéologie, inv. AC.2.

H. de Chardonnet conserve beaucoup de liens avec Besançon, pour lui « le pays de son cœur ». Avec l’industriel papetier Jean-Baptiste Weibel, le banquier Maurice Bretillot et plusieurs autres, il fonde une « Société anonyme pour la fabrication de la soie Chardonnet » qui construit l’usine aux Prés-de-Vaux en 1891. Si les débuts sont compliqués, une belle aventure industrielle s’ébauche, celle des soieries Chardonnet, qui deviendront plus tard la Rhodiaceta. Après la vente de ses brevets et de ses parts de société, Hilaire n’en tire guère de bénéfices : il meurt en 1924 pratiquement ruiné.

Notes :
1 – Actuelle rue Chifflet.   2 – Actuel salon universitaire Préclin.   3 – Dans l’hôtel Petit de Marivat, actuellement place Jean Cornet.
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