Vers l’université moderne

Pierre Verschueren

Les années qui suivent la Libération marquent le début d’un changement d’échelle pour l’université de Besançon, après un entre-deux-guerres difficile qui a vu les moyens comme la population étudiante diminuer lentement. Dès 1946 le nombre d’étudiants commence à augmenter, anticipant même la massification de l’enseignement secondaire liée au baby boom.

Affiche des cours de l’année universitaire 1962-1963, de la faculté des lettres et sciences humaines de l’université de Besançon. Archives départementales du Doubs, 1242 W 169.

La faculté des sciences accueille 229 étudiants en 1945-1946, 640 en 1956-1957, et passe la barre des 1 000 à la rentrée 1960, alimentant l’optimisme ministériel qui pense alors que les 3 000 étudiants seront dépassés en 1969 ; en réalité, la croissance se tasse, et l’université accueille 2 185 étudiants scientifiques en 1968-1969. La faculté des lettres suit à l’origine un rythme proche, accueillant 353 étudiants en 1945-1946, 580 en 1956-1957, passant les 1 000 à la rentrée 1961. Mais en l’occurrence les prévisions ministérielles de 1960 seront dépassées, puisque si 1 735 étudiants sont prévus pour 1969 la faculté accueille en réalité 3 300 étudiants lors de la rentrée 1968. L’école de médecine et de pharmacie croît nettement moins, restant autour des 200 étudiants jusqu’à sa transformation en école de plein exercice en 1958, puis en faculté en 1967 : ils sont 1 500 en 1968-1969. Il faut y ajouter les étudiants en droit, à partir de la création d’un collège universitaire en 1964 : ils sont 1 250 en 1968-1969. Dans son ensemble, l’université passe ainsi d’un peu plus de 800 étudiants en 1945-1946 à plus de 8 000 en 1968-1969 : elle change d’ordre de grandeur. Il s’agit dès lors d’affronter une transformation d’autant plus difficile que les prévisions se révèlent progressivement erronées…

L’activité de recherche bénéficie fortement de cette nouvelle conjoncture. Le fort renouvellement des titulaires de chaire, avec l’arrivée de Pierre-Michel Duffieux (1891-1976) en physique, d’Antonin Tronchet (1902-1990) en botanique, de François Châtelet (1912-1987) en mathématiques, de Georges Matoré (1908-1998) en philologie française pour ne citer que quelques noms, est l’occasion d’une transformation profonde de l’organisation de la recherche, de plus en plus collective et internationale. Les facultés des sciences et des lettres connaissent en outre leur première augmentation d’effectif enseignant depuis un demi-siècle, avec la création de chaires, la multiplication des postes d’assistants et la création en 1960 du corps des maîtres assistants. Si la faculté des lettres proposait, en 1954, une douzaine d’enseignements magistraux, elle passe la trentaine en 1964. Alors que la faculté des sciences dispose de 10 professeurs et maîtres de conférences et de 9 assistants en 1945, elle accueille 41 professeurs et maîtres de conférences, ainsi que 128 assistants et maîtres assistants en 1968.

De nouveaux laboratoires peuvent, dès lors, être créés par l’université à côté des classiques laboratoires de chaire, comme le laboratoire de calcul numérique de Jean-Louis Rigal (1928-1997) (qui reçoit en 1961 le premier ordinateur bisontin, une calculatrice CAB500), le laboratoire de phonétique et de langues (l’un des tout premiers en France), le Centre d’étude du vocabulaire français ou le Centre de documentation et de bibliographie philosophique. Ces recrutements laissent la possibilité à de nouvelles disciplines de s’affirmer, comme la psychologie, qui inaugure un laboratoire de psychologie appliquée en 1957, ou l’histoire de l’art. Cette vitalité permet la montée en puissance de la formation à la recherche, en particulier après la création du troisième cycle à partir de 1956. Si, en 1945-1946, on compte un seul étudiant préparant un doctorat à la faculté des sciences, et aucun en lettres, ils sont 177 à la faculté des sciences en 1964-1965, et 13 dans celle des lettres. Elle encourage aussi l’implantation des organismes de recherche : le CNRS crée le laboratoire de l’horloge atomique en 1958, dirigé par Jean Uebersfeld (1927-2015), ou, en 1964, le Centre d’archives du français contemporain de Bernard Quemada (1926-2018), et l’Inserm confie une unité de recherche à Pierre Magnin (1926-2020) en 1966.

Bernard Quemada, université de Franche-Comté, CLA. Georges Pannetton.

Cette transformation se traduit aussi par l’établissement de nouveaux liens avec le reste du monde académique, en particulier international. Dès 1946, sur l’impulsion du doyen de la faculté des sciences, Louis Glangeaud (1903-1986), une série de colloques franco-suisses sont organisés, rapprochant en particulier Besançon et Neuchâtel. À l’échelle nationale, les universités de Besançon, Dijon, Nancy et Strasbourg créent, en 1958, l’Association interuniversitaire de l’Est, qui cherche à organiser la collaboration en sciences humaines et sociales entre ces quatre universités, par l’intermédiaire de publications et de colloques réguliers.

Cette double transformation, touchant l’enseignement comme la recherche, impose une extension rapide des locaux universitaires. Dès 1947, la direction des constructions scolaires accorde un crédit de 9 millions de francs pour rénover l’institut de chimie, rendu prioritaire par son état de délabrement avancé. À partir de cette date, et jusqu’en 1966 au moins, l’université connaît des chantiers continuels, financés par la direction de l’équipement scolaire, universitaire et sportif, dirigée par Pierre Donzelot (1901-1960). C’est en particulier le temps de la construction pour les sciences des bâtiments de la place Leclerc, puis du campus scientifique de La Bouloie, l’installation de l’école de médecine et pharmacie à l’Arsenal, et l’extension de la faculté des lettres, à la fois rue Chifflet, au 47 de la rue Mégevand et dans les anciens locaux de la faculté des sciences, également rue Mégevand.

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