Une nouvelle façade pour l’université

Pascal Brunet

De la fin du Second Empire jusqu’en 1890, les locaux, vétustes, de l’université ne sont que trop ponctuellement et insuffisamment restaurés. En juillet 1865, Adrien Blavette, professeur de mathématiques pures (1857-1868) et doyen de la faculté des sciences, appelle l’attention du recteur sur l’état pitoyable de certaines parties dégradées de l’établissement1, pour lesquelles la ville n’effectue aucune réparation. Pour préserver le musée et la bibliothèque des intempéries, les lucarnes des greniers nécessiteraient des volets et il faudrait changer et agrandir les fenêtres de cette dernière. Le laboratoire d’histoire naturelle, où les dissections sont pratiquées, apporte une infection dans l’établissement.

Concours pour la reconstruction des facultés, plan général du terrain, 1894. Archives municipales de Besançon, 4M6.

En août 18852, la ville décide de restaurer les peintures fanées, voire dégradées, des décors du salon académique, lieu de réunion du conseil académique, qui n’ont bénéficié d’aucuns travaux depuis 1854. En février 1889, en réponse à la demande du doyen de la faculté des lettres, l’architecte municipal propose d’établir des sanitaires destinés aux professeurs « sous le grand escalier en pierre qui conduit au musée d’histoire naturelle3 ».

Le nouveau bâtiment de l’université au début du XXe siècle. Archives départementales du Doubs, 68J1. L.Besançon.

 En décembre de la même année, la ville décide la réfection partielle de la charpente du toit commun à la faculté des sciences, à la faculté des lettres et à la bibliothèque universitaire. Les travaux s’achèvent en mars 1890. Edmond Colsenet (1847-1925), doyen de la faculté des lettres, regrette que l’on n’en ait pas profité pour « construire un étage en mansardes qui aurait procuré aux deux facultés de nombreuses salles depuis longtemps réclamées ». En juin 1890, l’ajout d’un plafond au laboratoire de mécanique améliore son chauffage et supprime les gouttières qui détériorent les instruments. 

Le 23 juin 1890, effrayé par le projet de loi visant à la création de cinq ou six universités régionales et à la fermeture de certaines facultés, dont celles de Besançon, le conseil municipal « croit devoir protester énergiquement » et prie les députés et sénateurs du Doubs d’unir leurs efforts avec « ceux de leurs collègues des régions également intéressées dans le but de combattre l’adoption du projet de loi ». En conséquence, le 2 juillet, sur la demande du doyen E. Colsenet, également conseiller municipal, la ville décide qu’une somme de 200 000 francs « serait inscrite au projet d’emprunt de conversion pour être affectée à une installation meilleure des facultés ». Afin d’assurer l’obtention d’une université à Besançon, la ville vote le principe de la création d’une faculté de droit et la transformation de l’école de médecine.

Édouard Gribling : élévation du nouveau bâtiment de la rue Mégevand, 9 avril 1896. Archives municipales de Besançon, 2fi563.

Au printemps 1891, Édouard Gribling, architecte municipal, achève les plans et devis des travaux à entreprendre pour la réfection des locaux universitaires et la construction d’un nouveau bâtiment rue Saint-Vincent, en face du théâtre. Il comprendrait au 1er étage, une salle de cours et un laboratoire de physique et, sur la totalité du 2e étage, la bibliothèque universitaire. Ce projet, dont les devis s’élèvent à la somme de 220 000 francs, est adopté le 11 mai par le conseil municipal : cette nouvelle construction permet ainsi de relier les locaux des deux facultés. L’architecte Alfred Ducat4, rapporteur de la commission départementale d’architecture, précise que « la vieille façade, du plus médiocre aspect, qui donne sur la rue St Vincent, serait remplacée par une façade importante, d’une décoration assez sévère et qui caractériserait convenablement l’entrée de nos deux Facultés ». Ce projet recouvre également un aménagement des laboratoires de chimie et une appropriation des locaux (faculté des lettres, zoologie). Des réparations aux toitures des anciens bâtiments sont programmées. Pour l’école de médecine et de pharmacie, la ville prévoit l’édification d’un laboratoire de botanique comprenant un laboratoire, diverses pièces pour les collections et une salle de cours dans le jardin botanique près de l’hôpital Saint-Jacques.

Au conseil municipal, E. Colsenet sonne l’alerte : « devant l’insuffisance des locaux, les étudiants iront étudier ailleurs avec un préjudice pour la ville ». Avec le professeur Alexandre Vézian (1821-1903), ils insistent sur l’importance et l’urgence de ces travaux. Leur début est alors voté le 1er juillet 1894. Mais le 4 janvier 1894, Claude-François Vuillecard (1845-1902), maire de Besançon, propose d’ajourner l’exécution de l’agrandissement programmé pour un nouveau projet consistant à reconstruire les facultés sur un terrain laissé libre par la poudrière et le dérasement du rempart, entre le quai Vauban et le pont Saint-Pierre. Doté d’un budget envisagé de 1 200 000 francs, le programme d’un concours, publié le 29 mai 1894, est cependant ajourné dès le 12 juillet 1894. Le 1er février 1896, après plusieurs refus successifs de l’État à ses demandes de subventions, le conseil municipal renonce et reprend le projet de construction de l’aile neuve rue Mégevand.

À l’automne-hiver 1894-1895, Édouard Gribling fait construire rue Mégevand5un laboratoire de chimie et un autre de physique. Le décret du 31 juillet1893 oblige en effet la faculté des sciences à instituer dans ses laboratoires des exercices pratiques destinés aux aspirants du nouveau certificat d’aptitude aux sciences physiques, chimiques et naturelles, désormais exigé de tous les candidats aux études médicales.

Institut de physique de la rue Mégevand, plan du rez-de-chaussée. Archives départementales du Doubs, 68J1. L. Besançon

Institut de physique de la rue Mégevand, plan du 1er étage. Archives départementales du Doubs, 68J1. L.Besançon.

Le grand bâtiment neuf est construit de 1896 à 1899, face au théâtre. Édouard Gribling signe les dessins d’élévations sur la rue et sur la cour les 9 avril7 et 12 mai 18967. Le plan du 1er étage8 est livré le 15 septembre 1896 et celui des charpentes9 le 12 janvier 1897.

Détail du fronton et des plaques gravées au sommet du nouveau bâtiment de la rue Mégevand. Gérard Dhenin.

En novembre 1896, afin de procurer de l’espace à l’institut de physique, la ville décide d’allonger le bâtiment de 7,30 m10. Construite dans une belle pierre de taille calcaire de couleur crème, la haute façade présente un rez-de-chaussée strié de refends continus. La corniche à modillons repose sur de puissantes consoles. Au centre, le grand portail est mis en valeur par un avant-corps coiffé d’un fronton cintré orné des grandes armes et de la devise de la ville de Besançon, propriétaire des lieux de 1810 à 1962. Figure 6. Sous le fronton, trois plaques en pierre marbrière rose de Sampans (Jura) sont fixées, à l’antique, par des clous de bronze. Les inscriptions suivantes sont gravées en lettres : UNIVERSITE sur la plaque horizontale centrale, ANNO 1691, date du transfert de l’université de Dole à Besançon, sur le médaillon de gauche et ANNO 1896, marquant la date du commencement des travaux de cette aile, sur celui de droite.


Notes :
1 –  AD Doubs, T781. 2 – AM Besançon, 1D210. 3 – AM Besançon, 1D214. 4 – AD Doubs, OAC-66-22. 5 – La rue Saint-Vincent prend, en 1894, le nom de l’horloger genevois Laurent Mégevand (1754-1814). 6 – AM Besançon, 2Fi563. 7 – AM Besançon, 2Fi553. 8 – AM Besançon, 2Fi555. 9 –  AM Besançon, 2Fi561. 10 – AM Besançon, 1D221.
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