L’université et son territoire en 2004

Maryse Graner, avec l’aide de : Florence Cuney

Comme le soulignait Pierre Lévêque dès 1977, le rôle de l’université sur un territoire ne se limite pas à une offre circonscrite de formations supérieures, elle constitue également un acteur de l’économie locale – sujet d’une actualité de plus en plus vive. Le 19 mars 2004, Florence Cuney, doctorante au laboratoire ThéMA (Théoriser et modéliser pour aménager)[1], soutient sa thèse[2] sur cette problématique en s’appuyant sur le cas de l’université de Franche-Comté[3]. Elle démontre l’intensité des relations qu’une université entretient avec son terroir.

Si les universités rayonnent sur un vaste territoire, qui va bien au-delà des limites régionales comme l’illustrent les aires géographiques de recrutement des étudiants, elles ont également un impact plus localisé et structurant pour les pôles urbains où elles sont implantées. En effet, ces établissements d’enseignement supérieur et de recherche jouent un rôle très important dans l’essor régional. C’est à la fin des années 1980 que la société française prend conscience que la formation des individus au plus haut niveau est l’une des clés de son propre développement[4]. Les collectivités locales sont désormais convaincues de la nécessité d’investir dans la matière grise. L’affirmation de ces partenaires institutionnels se traduit par la volonté d’assurer une fonction d’enseignement supérieur dans les villes moyennes et par la participation au financement de complexes universitaires, en particulier grâce aux contrats de plan État-région.

La première partie de la thèse de Fl. Cuney précise l’évolution historique et géographique de l’UFC, en repérant les similitudes avec la situation nationale et en isolant les éventuelles spécificités locales. La deuxième partie s’attache à étudier les mobilités étudiantes pour révéler le rayonnement de l’UFC et les concurrences exercées par les universités situées dans les académies limitrophes. Enfin, la troisième partie propose un regard sur le rayonnement des relations contractuelles des laboratoires[5], puis sur les modes de vie et les pratiques socioculturelles des étudiants[6].

En plus de contribuer à des programmes de recherche nationaux, européens et internationaux, les laboratoires sont des ferments d’activités scientifiques et économiques régionales[7]. Les universités agissent comme une force attractive pour faciliter l’implantation d’entreprises à la recherche de compétences académiques[8]. La puissance des technopoles dépend, pour une bonne part, de leur dynamisme économique, car elles constituent un élément important du fonctionnement urbain par les emplois directs ou indirects qu’elle engendre et par l’apport de ressources dans l’économie locale.

D’un point de vue financier, les collaborations avec les structures publiques occupent la place la plus importante (60 % des ressources). L’Union européenne, les collectivités locales et territoriales ainsi que l’État et les ministères figurent parmi les principaux partenaires. Les relations avec le secteur privé sont, quant à elles, particulièrement développées avec les fabricants de matériel de transport, les industries chimiques et les fabricants d’équipements électriques et électroniques. Qu’ils soient publics ou privés, la plupart des commanditaires sont localisés en Île-de-France, en Franche-Comté et à l’étranger.

Du point de vue des disciplines concernées, l’origine des sommes contractualisées s’avère très variable d’un domaine de recherche à l’autre. La répartition des montants publics et privés est plus ou moins équilibrée dans les secteurs de recherche des sciences dures, alors qu’en sciences humaines les relations se tissent quasi exclusivement avec des structures publiques.

Les établissements sont des structures consommatrices de biens et de services, notamment dans leurs dépenses de fonctionnement et d’investissement. Les personnels et les étudiants sont des acteurs économiques à part entière, bien qu’une partie des dépenses soit intégrée dans le système d’enseignement supérieur (frais d’inscription, dépenses d’hébergement et de restauration auprès des services du Crous).

L’étude des retombées des modes de vie des étudiants sur l’économie régionale est une autre façon de mesurer l’impact d’une université sur sa région. Au début des années 2000, 68 % des étudiants de l’UFC résident dans un logement indépendant, ce qui conduit à une demande locative théorique de 9 000 logements, représentant un chiffre d’affaires de 22 millions d’euros. La distance du lieu de formation au domicile familial est l’un des facteurs prépondérants à la décohabitation, avec des retours fréquents au lieu d’origine, qui s’espacent au fur et à mesure de l’avancée en âge. Si la ville universitaire attire de nombreux étudiants, ceux-ci en retour modèlent la dynamique de cet espace. Bien que l’automobile soit le mode de locomotion le plus emprunté pour se rendre à l’université, les transports en commun sont également bien utilisés. La Compagnie des transports bisontins (CTB)[9] enregistre 30 % de ses recettes par les abonnements « formule Campus ». Leur consommation se fait de façon privilégiée au centre-ville, participant ainsi à son dynamisme, alors qu’il est déserté par les ménages qui préfèrent les commerces péri-urbains en zones commerciales. Enfin, les sorties et activités sportives, pratiquées par plus de la moitié des étudiants au moins une fois par semaine, procurent à la ville des ressources économiques et des animations[10].

Indéniablement, la population étudiante a un impact positif sur les villes l’hébergeant ; du point de vue socio-économique bien sûr, mais aussi en répercutant une richesse culturelle propre aux universités. L’université est ainsi un lieu d’épanouissement des idées et de la culture, propice au renforcement de la  vie sociale et au développement d’activités socioculturelles qui profitent à tous les résidents.


Notes :
  • 1. Cf. la notice « Théoriser et modéliser pour aménager (ThéMA) », par J.-C. Foltête et S. Carpentier-Postel.
  • 2. Pour cette thèse, Fl. Cuney est lauréate, en 2005, du deuxième prix du 14e concours de l’Observatoire national de la vie étudiante.
  • 3. Florence Cuney, « Enseignement supérieur et territoires : l’exemple de l’université de Franche-Comté », sous la direction de Daniel Mathieu, professeur de géographie à l’UFR SLHS, chercheur au laboratoire ThéMA (Tout l’u, dossier « Enseignement et territoires ; l’exemple de l’université de Franche-Comté », n° 112, avril 2004). Fl. Cuney a été recrutée en novembre 2006 à l’université de Franche-Comté, à la direction du pilotage, où elle exerce à ce jour.
  • 4. Armand Frémont, « L’aménagement du territoire universitaire », L’espace géographique, no 3, 1991, p. 193-202.
  • 5. Les données sont transmises par les structures associées à la gestion des contrats de recherche et des laboratoires pour les années 1997 à 1999.
  • 6. Les données proviennent d’une enquête spécifique conduite en 2000 auprès d’un panel de 2 600 étudiants de l’UFC.
  • 7. Philippe Genestier, « L’université et la cité », in Villes et universités, Paris, L’Harmattan, 2000, p. 21-46.
  • 8. Laurent Gagnol et Jean-Alain Héraud, « Impact économique régional d’un pôle universitaire : application au cas strasbourgeois, année de référence : 1996 », Revue d’économie régionale et urbaine, 2001-4, p. 581-604.
  • 9. Aujourd’hui Ginko.
  • 10. Soit, en 2000, un chiffre d’affaires d’un million d’euros annuel, notamment dans les cinémas et les discothèques.
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