L’emblématique projet Éco’Campus, dans le Nord Franche-Comté

Maryse Graner, avec l’aide de Marie-Cécile Pera, de David Markezic, et de Charles de Kergariou

En 2013, un projet fédérateur intitulé Éco’Campus émerge dans le Nord Franche-Comté avec quatre objectifs. Il s’agit tout d’abord de renforcer l’identité et les synergies entre les composantes de l’université que sont l’IUT Belfort Montbéliard, l’UFR sciences, techniques et gestion de l’industrie (STGI) et l’institut FEMTO-ST, en faisant converger leurs projets. Il vise également à rationaliser des implantations, alors réparties de façon peu cohérente sur cinq sites, en désormais trois campus thématiques : le campus sciences et ingénierie sur l’énergie et les enjeux de la transition énergétique, le campus sciences de l’éducation et social, le campus droit et économie. Il vise aussi à réhabiliter le site vieillissant de l’IUT[1]. Et enfin, il portera la création d’un pôle de référence national sur la formation, la recherche et l’innovation sur l’énergie.

Le projet Éco’Campus est présenté le 18 septembre 2013 lors d’une conférence de presse.

Conférence de presse présentant le projet Éco’Campus dans le site Nord Franche-Comté, le 18 septembre 2013.

L’université de Technologie de Belfort-Montbéliard (UTBM) rejoint cette dynamique le 23 octobre 2015, date à laquelle elle signe un protocole d’accord avec l’UFC pour la création du pôle universitaire Nord Franche-Comté, au sein de la Comue UBFC[2]. Le dossier est soutenu par le président J. Bahi, les élus des collectivités et de nombreux partenaires publics et privés. Cette volonté commune, esquissée dans le schéma directeur immobilier et d’aménagement de 2012, est validée par le contrat de plan État-région 2015-2020. Elle se concrétise en 2015-2016 par le lancement de différentes études. Grand Belfort communauté d’agglomération, la région Bourgogne Franche-Comté, l’UFC et l’UTBM se partagent les maîtrises d’ouvrage des différentes opérations[3].

À Belfort, les bâtiments de l’IUT, situés sur le Tech’hom[4], ont grand besoin d’être rénovés. Datant pour la plupart des années 1970, ils ne sont plus conformes aux normes de consommation énergétique et d’accessibilité et à l’évolution des usages. Le département sciences de l’UFR STGI et l’équipe Thermie de l’institut FEMTO-ST ont vocation à rejoindre les départements scientifiques et techniques de FEMTO-ST, déjà présents dans les locaux de l’IUT, à savoir l’équipe SHARPAC[5] du département Énergie et celle du département d’informatique des systèmes complexes. Cette nouvelle implantation favoriserait les interactions entre les équipes de recherche et les équipes pédagogiques, tout en familiarisant le plus tôt possible les étudiants avec les travaux portés par les laboratoires.

Ainsi, la création, dans le site du Techn’hom, d’un campus scientifique consacré à l’énergie constitue le premier axe du projet. Il regroupe un millier d’étudiants et une centaine d’enseignants-chercheurs de l’UFR STGI, de l’IUT, de l’UTBM et de l’institut FEMTO-ST. Un nouveau cursus de master en ingénierie (CMI)[6] intitulé H3E (hydrogène, énergie, efficacité énergétique), élaboré de manière conjointe par l’IUT et l’UFR STGI et accessible aux étudiants de ces deux composantes, voit le jour. Situé à quelques centaines de mètres des grandes entreprises acteurs de l’énergie, comme General Electric et Alstom, Éco’Campus encourage le développement des synergies universités-entreprises et l’émergence de formations et de recherches avancées sur le sujet majeur de la transition énergétique. L’activité de recherche sur l’hydrogène pour l’énergie, menée par le département énergie de FEMTO-ST, qui a débuté dès 1999, est hébergée sur le Techn’hom, dans une plateforme affectée au test de systèmes hydrogènes, depuis 2004.

Au centre-ville de Belfort, deux autres campus sont dévolus au secteur tertiaire. Les formations liées au commerce, au droit et à la gestion administrative sont accueillies sur le site de l’Espérance, dans le bâtiment Louis Néel, rénové et agrandi. Un campus consacré aux métiers de l’éducation et de l’animation réunit le département carrières sociales de l’IUT et l’ÉSPE (école supérieure du professorat et de l’éducation), dans le site Marc Bloch, faubourg des Ancêtres, non loin de la bibliothèque universitaire Lucien Febvre. À terme, les sites de Roussel et du parc technologique seront abandonnés.

Des moyens importants sont consacrés au projet. Alors qu’un premier protocole, signé en 2016, prévoyait de mobiliser 19,1 millions d’euros au bénéfice de l’UFC et de l’UTBM, ce sont finalement 34,18 millions d’euros qui sont alloués, en septembre 2019, à la première tranche du projet par les parties prenantes (État, région Bourgogne Franche-Comté, Grand Belfort, département du Territoire de Belfort, UFC et UTBM). Ce montant est porté à 53,1 millions d’euros, à la suite à l’envolée du coût de la construction consécutive à la crise sanitaire COVID_19 et à la guerre en Ukraine qui retardent le démarrage des opérations.

Le projet phare du programme Éco’Campus est le bâtiment Énergie.

Perspective du bâtiment Énergie, 2024. COSA.
Perspective du bâtiment Énergie, 2024. COSA.

Au campus du Techn’hom, ce dernier regroupera, en un même lieu, les plateaux de recherche de l’UFC et de l’UTBM consacrés à l’énergie thermique et à l’extension des activités sur l’hydrogène ; les plateaux techniques et pédagogiques de l’UFR STGI (département sciences et techniques) et de l’IUT Nord Franche-Comté (départements génie électrique, informatique industrielle et métiers de la transition et de l’efficacité énergétique). Vitrine du projet Éco’Campus, ce bâtiment à haute performance énergétique est conçu comme un bâtiment démonstrateur à finalité pédagogique, de nombreux équipements et installations techniques[7] étant aménagés à cet effet, afin d’être accessibles aux étudiants.

Le programme des travaux comprend également la réhabilitation du bâtiment C, qui doit accueillir les espaces tertiaires de la recherche et fonctionnera en synergie avec le bâtiment énergie, auquel il sera relié par une passerelle. Doté de façades végétalisées et de panneaux photovoltaïques de toiture, ce bâtiment affichera des performances énergétiques élevées, avec un objectif minimal de réduction de 60 % de la consommation énergétique.

Le bâtiment F, qui doit à terme accueillir le département sciences et énergies de l’UFR STGI, sera également partiellement réhabilité, avec la rénovation des amphithéâtres et la réhabilitation du bloc C : là encore, l’objectif consiste à diminuer de 60 % la consommation énergétique, grâce à une isolation thermique par l’extérieur et à la pose de panneaux photovoltaïques de toiture. La livraison est attendue courant 2026. La halle C a été démolie en 2022. Enfin, l’actuelle chaufferie gaz, inadaptée, sera prochainement remplacée par une chaufferie biomasse proposant un réseau de chaleur mutualisé avec le Crous BFC[8].

Projet de la chaufferie biomasse. 2024.
Conception conjointe Larbre ingénierie / IOEW architecture / Bourgeat structure www.ioew-architecture.com

La réhabilitation du campus de Belfort se poursuivra avec la réalisation d’une deuxième tranche, englobant la rénovation partielle du bâtiment A (à livrer en 2027), la rénovation du bâtiment B (livraison prévue pour la rentrée 2026), des actions de performance énergétique sur le bâtiment D, la réhabilitation des amphithéâtres Louis Néel (livraison en 2027) et une première tranche de réaménagements extérieurs.

Au total, 61 millions d’euros seront donc mobilisés au profit du projet Éco’Campus, sur la période 2020-2028 (dont 47,50 M€ liés aux projets immobiliers portés par l’UFC), dans un programme immobilier portant sur 22 900 m2 pour l’UFC.

Une troisième tranche, à financer par le CPER 2028, permettra de parachever le programme, notamment en construisant la tranche 2 du bâtiment Énergie, en poursuivant la réhabilitation des bâtiments A et B et du site Marc Bloch, en rénovant le bâtiment E, en réaménageant le bâtiment Néel et en réhabilitant et végétalisant les espaces extérieurs. L’objectif est de mieux intégrer le campus du Techn’Hom dans son environnement urbain et de mieux le relier au parc industriel qu’il jouxte et d’inscrire des liaisons piétonnes et cyclables.

Parallèlement au projet Éco’Campus, le campus métropolitain de Belfort Montbéliard a été créé par la signature, le 10 avril 2019, d’un partenariat territorial visant à développer un véritable pôle d’enseignement supérieur, de recherche, d’innovations et de projets dans le Nord Franche-Comté. Il réunit la région Bourgogne Franche-Comté, le pôle métropolitain Nord Franche-Comté, Pays de Montbéliard agglomération (PMA), le Grand Belfort, l’UFC, l’UTBM, l’École supérieure des technologies et des affaires (ESTA) et le Crous BFC. En 2021, deux chargés de mission sont nommés pour accompagner ce dossier sur le terrain : Marie-Cécile Péra, chargée du suivi spécifique du projet dans ses dimensions pédagogiques et de recherche, et Romain Richard, chargé de mission patrimoine Éco’Campus Nord Franche-Comté (2021-2023). Tous deux assurent l’interface et la communication, tout au long des chantiers et des déménagements successifs, pour les besoins des usagers en recherche et en formation et le suivi des dossiers avec les équipes du projet, notamment la direction du patrimoine et la direction des projets stratégiques de l’université. Ainsi, par le dialogue, dans ces années de transition, une véritable mutualisation des espaces a pu émerger pour le bon fonctionnement de l’ensemble des formations et de la recherche.

Cet ambitieux projet Éco’Campus est structurant pour le développement de l’enseignement supérieur et de la recherche dans le Nord Franche-Comté. Préparant le campus du futur, il se déploie sur les dix années à venir, dans sa réalisation et son financement. L’université de Franche-Comté est également membre du projet lauréat « Territoire d’innovation : transformation d’un territoire industriel »[9] et elle fait partie du consortium qui le porte.

Vice-présidents pilotant ce projet :


Notes :
  • 2. Communauté d’universités et d’établissements université Bourgogne Franche-Comté.
  • 4. Le Techn’hom est un parc urbain d’activités industrielles situé à Belfort.
  • 5. SHARPAC : systèmes hydrogène-énergie, actionneurs, électriques, production, stockage, conversion de l’énergie électrique. L’équipe développe son activité scientifique dans les domaines applicatifs des véhicules électriques et des énergies renouvelables, dans l’unité d’appui à la recherche FCLAB, centrée sur l’hydrogène-énergie et sur les systèmes de piles à combustible.
  • 6. Le CMI est un nouveau label du réseau FIGURE (formation à l’ingénierie par des universités de recherche) qui permet aux universités, conformément à un référentiel national, de délivrer des diplômes d’ingénieur en renforçant des licences et masters préexistants, empruntés dès la première année de licence.
  • 7. Notamment des panneaux photovoltaïques et de capteurs, qui en font un outil de recherche à l’échelle 1.
  • 8. Cette construction a été actée le 20 septembre 2019 par la signature d’une convention cadre entre l’UFC et le Crous BFC.
  • 9. Né en 2017, il vise à faire du Nord Franche-Comté un écosystème économique dynamique et attractif, capable de s’adapter à un contexte de numérisation généralisée et au réchauffement climatique.
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