La création du service commun de la documentation et la mise en réseau des bibliothèques universitaires

Maryse Graner et Pascal Brunet avec l’aide d’Hélène Pouilloux, Marie Smouts, Claire Babic, François Calais, Florence Chamy, Céline Decq, Sylvie Guyon, Anne-Claire Hägi, Béatrice Robert, Cécile Röthlin et Christian Vieron-Lepoutre

L’application de la loi Faure de novembre 1968 fédère en réseau les différents services universitaires, auparavant entités autonomes, afin d’harmoniser leur politique au sein d’un même établissement. Avec les décrets de 1984 et de 1985, les dix bibliothèques universitaires comtoises, désormais chargées de la politique documentaire de l’université, se structurent en un service commun de la documentation (SCD). Le SCD développe l’informatisation, la mise en accès libre d’une grande part des documents et le prêt interbibliothèques. Les réseaux se déploient à l’échelle locale, nationale ou internationale dans des collaborations multiples pour leurs 32 000 utilisateurs. En 2021, Alma, nouveau système de gestion de bibliothèques, permet un accueil des publics, gratuit et réciproque, et une visibilité des collections inter-établissements entre l’université de Franche-Comté, SUPMICROTECH-ENSMM, l’université de Bourgogne et l’université de technologie de Belfort-Montbéliard.

Dès l’origine, les responsables des bibliothèques universitaires sont sensibles aux besoins de leurs usagers, étudiants, enseignants et chercheurs. De 2020 à 2023, le label de qualité d’accueil Marianne, s’appuyant sur des audits, est attribué aux dix BU du réseau. La BU santé, avec une ouverture de 74 heures hebdomadaires, est labellisée « NoctamBU + » par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Le pôle appui à la recherche et science ouverte du SCD œuvre à la valorisation de la production scientifique de l’université et à son accès libre. Par sa politique d’abonnement aux ressources numériques, notamment en soutenant financièrement OpenEdition, le SCD promeut l’édition ouverte. Les BU, s’inscrivant dans des démarches collaboratives et des ateliers participatifs, prennent en compte les avis des usagers. Afin d’apporter plus de confort et d’outils numériques, les BU ont bénéficié d’appels à projets[1] pour aménager de nouveaux espaces, comme les salles de travail partagé BU’lles, dotées de matériels et de mobiliers adaptés aux demandes des publics, réservables en ligne avec l’application Affluences.

À l’université de Franche-Comté, les dix bibliothèques du réseau se répartissent sur l’ensemble des sites universitaires. Besançon compte la BU lettres et sciences humaines (desservant notamment l’UFR SLHS), le learning centre Claude Oytana (UFR ST et UFR STAPS), la BU P.-J. Proudhon (UFR SJEPG), la BU santé (UFR santé), la BU éducation Besançon (INSPÉ) et la BU de l’IUT Besançon-Vesoul. Belfort accueille la BU Lucien Febvre (UFR STGI, IUT Nord Franche-Comté, INSPÉ) et Montbéliard la bibliothèque de campus de Montbéliard (UFR STGI, IUT Nord Franche-Comté, UTBM, IFMS). Pour Lons-Le-Saunier, il s’agit de la BU éducation Lons (INSPÉ) et, à Vesoul, de la BU Vesoul (INSPÉ, IUT Besançon-Vesoul). Dans la plupart des sites, de nouveaux bâtiments sont conçus pour accueillir ces bibliothèques universitaires.

Les BU éducation sont issues des anciennes bibliothèques des écoles normales devenues, en 1991, instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM)[2]. Dénommées centres de ressources documentaires puis médiathèques, trois de ces bibliothèques sont mutualisées, en 1995, avec celles des centres départementaux de documentation pédagogique (CDDP) à Belfort, à Lons-Le-Saunier et à Vesoul. Leur politique d’acquisition est centrée sur la culture professionnelle des futurs enseignants et la préparation aux concours de l’enseignement.En 2001, la nouvelle médiathèque de Lons-le-Saunier, réalisée par les architectes du cru Gilles Reichardt et Gilles Ferreux, est inaugurée.

Étudiantes devant la BU éducation à Lons-le-Saunier, 2012. Dominique Billot.

En 2013, les collections de la médiathèque de Belfort sont transférées à la BU Lucien Febvre. En 2014, les deux centres de formation de Besançon se regroupent sur le site de Montjoux. Lorsque le pôle universitaire de Vesoul se constitue en 2014, rassemblant sur un même site l’antenne vésulienne de l’IUT de Besançon et l’ÉSPÉ, la médiathèque devient BU Vesoul et ses collections intègrent le catalogue général du SCD. En 2022, la BU éducation/Canopé Jura, nommée ainsi depuis 2016, prend l’appellation BU éducation Lons, se séparant de l’atelier Canopé 39. Les bibliothèques universitaires éducation comptent 61 579 ouvrages et sont riches d’un important fonds patrimonial de 14 500documents. Conservé à Besançon, il constitue l’héritage des écoles normales d’instituteurs et d’institutrices et un matériau important pour la recherche en histoire de l’éducation.

Située à Besançon sur le campus de la Bouloie, la Bibliothèque P-J. Proudhon est conçue pour répondre à l’appétit de lectures des étudiants, enseignants et chercheurs de l’UFR SJEPG voisine, en droit, économie, gestion et sciences politiques. En 1993, le projet est confié aux architectes Emmanuelle Beaudoin, Laurent Beaudoin et Maxime Busato, assistés de Jean-Marc Metzger, d’Antoine Crupi et de Christophe Presle. Le bâtiment est réalisé en 1997[3]. Offrant une surface de 3 407 m² sur quatre niveaux, la bibliothèque est géométriquement constituée de deux carrés. Le premier, consacré aux collections, contient trois grands cylindres inclinés, conçus comme d’immenses télescopes, évoquant ceux de l’observatoire universitaire voisin. Le second carré accueille la grande salle de lecture. Ce bâtiment, très vitré sur son pourtour, ouvre vers la nature d’un côté, et vers l’UFR SJEPG de l’autre. La BU Proudhon comprend 70 000 ouvrages dont 22 000 en libre accès, 15 000 thèses  et 3 000 ouvrages anciens.

La BU Proudhon, nouvellement construite, 1998. BU Proudhon.

À Montbéliard, dès septembre 1991, une nouvelle antenne de l’IUT – qui devient ainsi IUT de Belfort-Montbéliard (IUT BM), puis aujourd’hui IUT Nord Franche-Comté (IUT NFC) – se crée dans des locaux provisoires rue du Mont-Bart et dispose d’une petite bibliothèque (60 m2). En avril 1992, l’IUT BM s’installe dans le pôle universitaire du campus des portes du Jura, libérant ainsi une salle de 150 m2 dans laquelle la bibliothèque déménage une première fois. Dès mars 1993, la bibliothèque du campus de Montbéliard s’installe à son tour sur le site dans ses locaux définitifs. Le système de gestion et de prêt informatisé du service est alors déjà opérationnel. Le pôle universitaire de Montbéliard est inauguré le 15 novembre 1994. L’architecte lauréat, Carlos Jullian de la Fuente (né en 1949) trace le plan d’ensemble du pôle universitaire, en développant de multiples rectangles géométriques, en référence à l’utilisation du nombre d’or chez Le Corbusier. Deux repères permettent le rayonnement des axes principaux et des espaces verts : le grand amphithéâtre et la bibliothèque universitaire. Cette dernière, telle un navire amiral, ouvre le campus. Au fil des années, le public accueilli se diversifie. En 1996, une première convention, signée entre l’UFC et l’UTBM, accorde aux usagers de ces établissements une réciprocité d’accès gratuit aux services et aux collections de leurs deux bibliothèques. Depuis 2019, la BU accueille les étudiants du nouvel institut de formation aux métiers de la santé (IFMS) qui s’est installé sur le campus. La BU est désormais la bibliothèque de campus de Montbéliard. Sur son fonds de 33 000 documents, 32 000 sont en libre accès.

La BU de campus de Montbéliard, au printemps 2022. Sana Benhamadi.

La bibliothèque de l’IUT Besançon est rattachée institutionnellement à la BU Proudhon en 2015 et intègre le Service commun de la documentation. Située sur le lieu-même des enseignements, elle dispose de 6 000 ouvrages en libre accès et de 80 abonnements sur 318 m2 destinés à un public de 1 150 étudiants et de 84 enseignants permanents.

Située dans le centre-ville de Belfort, la BU Lucien Febvre répond à un important besoin des étudiants, des enseignants et des chercheurs de l’UFR STGI, de l’IUT Nord Franche-Comté, et de l’INSPÉ. En 1996, le projet est confié aux architectes Emmanuelle et Laurent Beaudoin, assistés d’Anne Creusot (cheffe de projet), d’Antoine Crupi et de Christophe Presle. La réalisation est achevée en 1999[4]. La bibliothèque, d’une surface de 3 665 m², se développe sur trois niveaux autour d’un hall central prolongé par un patio planté. Le bel espace du grand hall, offrant une avancée architecturale audacieuse, traduit le défi relevé par les architectes, les lourds volumes en béton semblant énigmatiquement soutenus par un unique poteau. Ce dispositif, tout comme celui du patio intérieur, invisible de l’extérieur, participe à l’effet de surprise pour les visiteurs du bâtiment. En 2023, la BU Lucien Febvre a obtenu le label Architecture contemporaine remarquable attribué par le ministère de la Culture. Son fonds propose aujourd’hui 39 710 ouvrages en libre accès et 37 000 ouvrages en magasin, dont 845 thèses.

La BU Lucien Febvre, façade Sud. 2006, Georges Pannetton.

Les tout premiers locaux de la bibliothèque de médecine – pharmacie sont situés place Saint-Jacques, au site de l’Arsenal, intégrés dans la première faculté. Elle s’intitule alors bibliothèque Michel Gaudard, du nom d’un étudiant en médecine, décédé accidentellement en juin 1962 et dont les parents ont fait un don à la bibliothèque de la faculté, en sa mémoire. Pendant toute cette période et depuis l’origine, les collections principales de santé sont conservées dans la bibliothèque de Mégevand.

La nouvelle BU santé, sur le site des Hauts-du-Chazal, ouvre le 1er septembre 2003. Elle précède ainsi l’ouverture du nouveau pôle de l’UFR médecine-pharmacie, dont la première phase de construction aboutit l’année suivante. La BU et l’UFR se trouvent ainsi idéalement situées à proximité du CHU. Conçue par l’architecte Christian Schouvey, la BU s’inscrit sur un terrain en pente. Son projet se compose d’un ensemble de douze “tables” carrées identiques. L’ensemble se place sous deux systèmes de toiture alternés en damier : les “tables hautes” au-dessus pour les espaces de lecture, et les “tables basses” pour les rayonnages et espaces servants. Les façades sont largement vitrées. L’architecte conçoit lui-même le mobilier afin qu’il prolonge et complète parfaitement, à l’intérieur également, sa vision architecturale. Un parement de pierre sèche habille l’entrée extérieure du bâtiment, rappelant les anciens murets séparatifs d’autrefois sur ce terrain des Hauts-du-Chazal. Pour les plus de 6 000 étudiants du pôle santé[5], la BU offre 3 000 m² dont 2 000 m² d’espaces publics et 400 places assises. Son fonds est riche de 50 000 volumes, du XVIe siècle à nos jours, dont des pièces très rares et 5 000 thèses. La BU a fêté son 20e anniversaire en octobre 2023.

La nouvelle BU Santé se compose d’un ensemble de douze « tables » carrées identiques. Les « tables » sont bien visibles sur cette photographie. Les plus hautes sont des espaces de lecture et les plus basses sont des rayonnages et des espaces servants. 2002, Georges Pannetton.

En 2015, la BU Sciences Sport, dessinée par l’architecte René Tournier en 1963 et  inaugurée en 1967[6], prend le nom de Claude Oytana (1939-2013), ancien président de l’université de Franche-Comté (1996-2001). En 2017, la bibliothèque universitaire ne répondant plus aux normes de sécurité et d’accessibilité aux PMR, le projet de la transformer en learning centre[7] est acté. En juillet 2021, le cabinet lyonnais B-Cube est retenu, les travaux s’engagent, tout en permettant le maintien des activités de la bibliothèque pendant la période de fermeture. Le 15 janvier 2024, le learning centre Claude Oytana ouvre ses portes.

Projet architectural pour le jardin de lecture du Learning centre Claude Oytana, 2019. B_CUBE architectes.

La bibliothèque est devenue un lieu aux missions multiples et intégrées, proposant une offre documentaire, technologique, pédagogique, sociale. Les objectifs d’augmenter la qualité et la capacité d’accueil du public (de 200 à 300 places) sont atteints. Les équipements numériques offerts sont renforcés. Le projet offre un jardin de lecture connecté et un espace innovant, de type Open Lab (200 m2), au rez-de-chaussée, comprenant notamment une salle d’immersion en réalité virtuelle, des imprimantes 3D, une découpe laser et des établis.

Learning centre Claude Oytana : la salle d’immersion en réalité virtuelle, avec une présentation de Philippe Goncalves, chargé de ce projet, 2024. UFC, direction de la communication.

Les collections comprennent 97 000 ouvrages, dont 18 000 ouvrages en libre accès, 5 100 thèses et 5 000 ouvrages anciens.

Située au cœur des bâtiments de l’UFR SLHS, la salle de lecture dela BU lettres et sciences humaines est hébergée, depuis 1955, dans les locaux historiques de l’ancien musée de sciences naturelles. Son fonds comprend 332 000 ouvrages dont 22 000 en libre accès, 17 500 thèses et 36 000 ouvrages anciens. La construction d’une nouvelle BU lettres et sciences humaines, déjà envisagée à la fin du siècle dernier, a enfin pris forme avec un projet inédit de construction d’une Grande Bibliothèque, réunissant les différentes bibliothèques du centre-ville de Besançon : la bibliothèque universitaire de lettres et sciences humaines, la médiathèque Pierre Bayle et la bibliothèque d’étude et de conservation. 

Ce regroupement, en un seul lieu, d’une bibliothèque universitaire et d’une bibliothèque d’agglomération constitue une première en France. Il s’inscrit dans une dynamique nationale d’incitation au partenariat entre équipements de lecture publique et universitaire en vue de l’amélioration des services aux usagers. L’agence d’architectes Pascale Guédot, associée à l’agence bisontine Amiot-Lombard, a été choisie pour ce projet[8]. D’une surface d’environ 10 000 m² sur 5 niveaux ouverts au public, la grande bibliothèque ouvrira ses portes au public à la fin de 2027, face à la promenade Chamars, au cœur du quartier Saint-Jacques, à proximité du campus de l’Arsenal.

La Grande Bibliothèque, projet, vue extérieure Chamars, 2019. Agence d’Architecture Pascale Guédot & Architectures Amiot-Lombard / Perpective © Myluckypixel

Les BU actuelles ont su évoluer et se moderniser. En témoignent les derniers projets immobiliers, comme le Learning centre Claude Oytana ou la Grande Bibliothèque, qui offrent des perspectives permettant d’envisager les enjeux d’avenir. Pour nombre d’étudiantes et d’étudiants, les BU sont leur principal lieu de vie et s’affirment comme l’un des acteurs déterminants de leur réussite.

Notes :
  • 1. Appels à projets de la région Bourgogne-Franche-Comté et celui de la contribution vie étudiante et campus (CVEC).
  • 2. En 2013, les IUFM deviennent écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ÉSPÉ). En 2019, les ÉSPÉ deviennent INSPÉ (instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation).
  • 3. Pour un montant de 18 175 000 € HT.
  • 4. Pour un montant de 3 965 800 francs HT.
  • 5. Le campus des Hauts-du-Chazal regroupe les filières de médecine et pharmacie, ainsi que celles de sage-femmes, orthophonistes, odontologistes, psychomotriciens, ergothérapeutes…
  • 6. Voir la notice Pascal Brunet, « René Tournier (1899-1977), un architecte majeur pour l’université de Franche-Comté ».
  • 7. Enveloppe de 5 millions d’euros, financée dans le cadre du projet urbain du campus Bouloie Témis, le contrat de développement métropolitain 2018-2020 entre Grand Besançon Métropole (GBM) et la région Bourgogne- Franche-Comté.
  • 8. Montant estimé à 85 millions d’euros, cofinancé par la région Bourgogne-Franche-Comté, l’État, Grand Besançon Métropole, l’université de Franche-Comté, l’Union européenne et le département du Doubs.
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