Bouloie-TEMIS, un projet public majeur

Maryse Graner

Par leur volonté de renforcer l’attractivité de l’enseignement supérieur et l’immobilier universitaire, les collectivités territoriales et les communautés d’agglomération accompagnent de très près l’évolution des locaux d’enseignement supérieur et de recherche.

À Besançon, le site universitaire de Bouloie-TEMIS est l’objet d’une attention exemplaire des partenaires de l’université, et tout particulièrement de la région Bourgogne Franche-Comté, de Grand Besançon métropole, de la ville de Besançon et du département du Doubs.

Au début des années 1980, une première étude est menée à l’initiative de la ville de Besançon, avec le soutien du conseil régional. En 1992, sous le mandat de Michel Woronoff, l’architecte Bernard Quirot est mandaté pour mener une seconde étude avant d’envisager la localisation définitive du bâtiment Fourier destiné à l’UFR SJEPG, il s’agissait alors de respecter la structure viaire qui prévaut dans l’organisation du campus actuel.

En 2001, lors du mandat de Françoise Bévalot, Jean-Claude Chevailler, vice-président chargé du patrimoine, pilote un projet de réaménagement du campus, préfigurant l’implantation de la voie rapide de contournement de Besançon qui doit être réalisée au deuxième semestre 2002. Le dossier, soutenu par le conseil régional de Franche-Comté et la ville de Besançon, mené en collaboration avec le Crous de Besançon, est confié au cabinet Minéa. Afin d’en partager les résultats avec la communauté universitaire, elle est restituée grâce à une exposition intitulée « Domaine universitaire de la Bouloie, un futur quartier de la ville » présentée à la bibliothèque universitaire Proudhon du 15 janvier au 18 février 2002.

Carton d’invitation de l’exposition « Domaine universitaire de la Bouloie, un futur quartier de la ville », janvier 2002.
Rudolf Van Keulen.

Cette étude entend développer la mobilité des piétons, des transports en commun, et laisser une plus grande place à la verdure. Elle permet d’inscrire de grands axes structurants de circulation dans le campus, valorisant la spécificité de ses activités et de ses publics. Pour renforcer son identité et apaiser la circulation afin de garantir une meilleure sécurité des usagers, l’avenue de l’Observatoire est désormais fermée par une borne située au pied de l’IUT, interdisant le trafic automobile et autorisant uniquement le passage des bus urbain de la ville et des cycles. Les différents parkings s’agrandissent pour éviter les stationnements sauvages.

En 2007, sous le mandat de Claude Condé, naît la réflexion d’un projet de « jardin Campus »[1]. À l’occasion du futur déménagement pressenti du jardin botanique au campus de la Bouloie, l’idée est de déployer le jardin sur l’ensemble du campus, pour en faire un havre de verdure exceptionnel. Cet endroit doit être innovant et vivant, un lieu d’animation culturelle et de partage des sciences, mais aussi convivial et social pour permettre à tous, étudiants, enseignants, chercheurs ou promeneurs, de s’approprier les espaces selon leurs activités.

En 2008, s’affirme le programme « Besançon, ville campus »[2]. Il s’inscrit dans le cadre d’un appel à projets ministériel « Opération campus », lancé par Valérie Pécresse, bénéficiant de 3,7 milliards d’euros. Sur le plan national, lors de la 1ère sélection, seuls six projets[3] sont retenus, sur les 46 déposés par 70 universités, et seulement dix au second tour. Si l’université de Franche-Comté n’est pas lauréate, la note d’intention de cet appel à projets lui permet d’élaborer son schéma directeur d’urbanisme pour les quinze ans à venir et d’obtenir les vifs encouragements des élus et des pouvoirs publics régionaux. En effet, ce projet de développement met en valeur la présence de l’université dans sa ville et permet une identification nette des campus dans la trame urbaine. Trois sites-campus se dessinent : la Bouloie, lié directement à la technopole TEMIS, le nouveau pôle santé aux Hauts-du-Chazal et le pôle universitaire du centre-ville qui s’intègre dans le projet « cœur d’agglo » destiné à valoriser le patrimoine historique. Avec ce projet de campus très lisibles, Besançon et la région de Franche-Comté veulent s’inscrire dans le tissu des métropoles européennes du réseau Rhin-Rhône. Le montant de ce projet d’aménagement du territoire se chiffre à 300 millions d’euros. Il prévoit la consolidation de trois pôles dans lesquels se lisent déjà les grands programmes ambitieux des années suivantes. À titre d’exemples, en sciences de l’homme et de la société, sont prévues les constructions d’une bibliothèque universitaire-bibliothèque municipale (BU-BM)[4], d’une maison de sciences de l’homme et de l’environnement (MSHE). Dans le domaine des sciences et sciences pour l’ingénieur, s’inscrivent la création du bâtiment destiné à accueillir FEMTO-ST, l’extension de l’ENSMM, l’installation du laboratoire Chrono-environnement dans des locaux spécifiques ou encore la création d’un parc de culture scientifique et technique (du jardin botanique à l’observatoire). Enfin, en santé, sont projetés, aux Hauts-du-Chazal, la création de locaux pour l’UFR de médecine et de pharmacie et pour un restaurant universitaire.

En 2016, la ville de Besançon et Grand Besançon métropole inscrivent le campus Bouloie-Temis au prestigieux concours européen d’architecture et d’urbanisme Europan, sur le thème de la ville productive[5]. 25 équipes européennes, composées d’architectes, d’urbanistes et de paysagistes, travaillent sur ce sujet qui intéresse les occupants du lieu : l’université de Franche-Comté, l’ENSMM, le CROUS et la technopole TEMIS. L’agence Altitude 35 relève le défi en présentant un projet innovant que les architectes porteurs du projet, Clara Loukkal et Benoît Barnoud, intitulent Jurassic Parks, en clin d’œil au socle géologique du territoire.

En 2017, le pôle bisontin d’enseignement supérieur, de recherche et d’innovation se mobilise autour de ce projet s’inscrivant dans les objectifs de Grand Besançon Synergie Campus[6] et bénéficiant de l’appui du contrat de développement métropolitain. Ces ambitions partagées s’incarnent sous forme d’une convention de coopération public-public, entre les partenaires porteurs du projet[7].

Image prévisionnelle du plan du campus Bouloie-TEMIS en 2027.
 Altitude 35, Architecture Dominique Coulon & Associés,
B_CUBE architectes, La Fabrike, Philippe Rizzotti Architecte.
(Document non contractuel : les informations et représentations qu’il contient sont susceptibles d’évoluer au cours
du projet
).

Cette organisation, unique à l’échelle nationale, est saluée par France Universités. Elle permet à ces partenaires publics de coordonner leurs actions et de mutualiser leurs moyens au service d’un objectif d’intérêt général : transformer le campus Bouloie-Temis et réaliser un projet territorial, économique, social, culturel, éducatif et urbain. La réflexion est confiée à Altitude 35, qui conçoit, dès 2018, un plan guide.

Le 8 avril 2019, les grands axes de rénovation du campus de la Bouloie sont validés[8], marquant le départ des premières réalisations de cette transformation majeure qui fait de la Bouloie un campus du XXIe siècle à haute qualité environnementale et sociale.

Le 11 février 2020, lors d’une réunion publique d’information, l’université de Franche-Comté, l’ENSMM et le Crous Bourgogne-Franche-Comté présentent à leurs communautés ce projet d’urbanisme conçu collectivement pour la transformation du campus Bouloie-TEMIS. Ce beau projet entre ville, campus et parc scientifique, la région Bourgogne-Franche-Comté et Grand Besançon métropole décident de le financer dans leur contrat de développement métropolitain.

La mobilisation de tous les acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche, unis aux côtés des collectivités (Grand Besançon métropole, ville de Besançon, conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, département du Doubs) et de l’État, depuis plus de trois années, porte ses fruits. Le dossier bénéficie du soutien du planFrance Relance pour un montant de près de 31,5 millions d’euros[9] : cette aide décisive de France Relance s’ajoute aux financements consacrés par les différents partenaires du projet campus Bouloie-Temis, et porte l’enveloppe à 80 millions d’euros sur 2021-2027 (2).

Le 13 décembre 2021, la première pierre symbolique de cet ambitieux chantier de rénovation est officiellement posée. Les inaugurations des lieux rénovés se succèdent, consacrant chacune la réalisation d’un programme de modernisation majeure du campus Bouloie-TEMIS et démontrant l’efficacité de cette coopération public-public inédite. Le 9 janvier 2022, est inauguré le L(i)VE, nouveau lieu de vie étudiante[10], puis le 12 septembre 2023 marque la livraison d’AREA sport (Parkour, Para workout, piste d’athlétisme et piste finlandaise), de la nouvelle Maison du sport universitaire, des travaux de rénovation énergétique SUPMICROTECH-ENSMM[11], de la place centrale et de l’œuvre d’Olivier Vadrot (dans le cadre du 1% artistique). Le 3 février 2024, sont inaugurés le Learning centre Claude Oytana ainsi que les travaux à l’UFR SJEPG (rehaussement d’un étage et réhabilitation extérieure du bâtiment central de l’UFR SJEPG, plus la rénovation totale de son amphithéâtre Gaudot).

Inauguration du learning centre Claude Oytana, le 3 février 2024. De gauche à droite : Jean-Marc Quemeneur, directeur adjoint du Crous BFC ; Ludovic Fagaut, vice-président du département du Doubs ; Nathalie Valleix, sous-préfète de l’arrondissement de Besançon et secrétaire générale de la préfecture du Doubs ; Macha Woronoff, présidente de l’UFC ; Nathalie Albert-Moretti, rectrice de l’académie ; Anne Vignot, présidente de Grand Besançon métropole et maire de Besançon ; Pascal Vairac, directeur de SUPMICROTECH ENSMM. Université de Franche-Comté.

En 2024, certains chantiers sont en cours de réalisation ou de finalisation : la réhabilitation des bâtiments de l’UFR ST (bâtiments de métrologie A, B et C), le jardin de diffusion des sciences et de ses 1000 m2 de serres, le CHESINUM et l’aménagement des espaces extérieurs (le vallon de la Bouloie, les cheminements piétons, les parkings et le secteur des terrasses, face à la route de Gray). Et enfin, s’ajoutera le nouveau bâtiment de l’ISIFC, comprenant deux bâtiments complémentaires, dont les livraisons sont prévues successivement en 2025 et 2027.

Ainsi, 65 000 m2 du campus bénéficient d’un aménagement paysager[12], 40 000 m2 de bâtiments sont créés et rénovés de façon durable et 2,7 km de voies piétonnes et de pistes cyclables sont effectives.


Notes :
  • 1. Cette enveloppe est issue de la vente du 3% du capital d’’EDF (initialement estimée à 5 milliards d’’euros, mais le titre ayant chuté, la vente n’’a rapporté que 3,7 milliards d’’euros).
  • 2. Aux côtés de l’’UFC, il mobilise la région Franche-Comté, le conseil général du Doubs, la communauté d’’agglomération du Grand Besançon, la Ville de Besançon, le pôle de compétitivité des microtechniques, l’’Institut Pierre Vernier, le Crous de Franche-Comté, l’’ENSMM et la Caisse des dépôts et consignations.
  • 3. Les 6 campus lauréats sont Bordeaux, Grenoble, Lyon, Montpellier, Strasbourg et Toulouse.
  • 4. Ce projet inédit en France prendra ensuite le nom de bibliothèque universitaire, bibliothèque d’agglomération (BU-BA).
  • 6. Voir la notice « Grand Besançon Synergie Campus, la volonté de faire équipe », par M. Graner, dans ce tome.
  • 7. Sont partenaires de ce projet, autour de l’université de Franche-Comté : la communauté d’agglomération du Grand Besançon, la région Bourgogne Franche-Comté, l’université Bourgogne Franche-Comté (UBFC), le Crous, la chambre de commerce et d’industrie du Doubs, l’Établissement français du sang, le Pôle des microtechniques, l’École nationale supérieure de mécanique et de microtechniques (ENSMM), l’Institut supérieur des beaux-arts de Besançon Franche-Comté (ISBA), le conservatoire à rayonnement régional (CNR) et le CHU de Besançon.
  • 9. Au campus Bouloie-Témis, trois bâtiments sont concernés : le learning centre, le bâtiment métrologie de l’UFR sciences et techniques, les bâtiments Hugo et Fourier de l’ENSMM. Le quatrième est le bâtiment N du site de l’Arsenal, au centre-ville.
  • 10. Ancien siège administratif du Crous Franche-Comté.
  • 11. Cette rénovation thermique concerne les bâtiments Descartes, Hugo, Fourier et Lumière.
  • 12. Comprenant une place centrale, lieu de vie animé et ouvert du campus, la création d’un complexe sportif AREA Sport avec une piste d’athlétisme nouvelle génération, des équipements plein air en libre accès et des parcours sportifs permanents.
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