Non sans une certaine solennité et sous le blason du fier lion ancestral, l’université fait savoir, à la une du n° 25 du Bulletin d’information et de relations extérieures (Bire) daté d’octobre-novembre 1976 que : « Le Secrétariat d’État aux Universités vient d’autoriser l’université de Besançon à prendre l’appellation d’Université de Franche-Comté (Besançon) », ce qui semble sonner comme une évidence. En effet, si l’université a été érigée en qualité d’établissement public à caractère scientifique et culturel par le décret n° 70-1174 du 17 décembre 1970 sous le nom d’« Université de Besançon », l’expansion territoriale avec l’existence d’une unité d’enseignement et de recherche (UER) à Belfort conduit, naturellement, à ce changement. Un peu plus tard pourtant, les statuts issus de la loi Savary de 1984, fixés par arrêté du 22 novembre 1985, portent encore le titre de « Statuts de l’Université de Besançon », même si le corps du texte n’évoque que l’université de Franche-Comté, comme l’a souhaité la commission des statuts : la première ébauche s’ouvre, d’ailleurs, sur l’affirmation de cette nouvelle dénomination. Enfin, la présidente de l’établissement, Macha Woronoff, lors de la séance du conseil d’administration du 11 février 2021, propose à ses membres de « solliciter les services du ministère pour donner une existence réglementaire à la dénomination “université de Franche-Comté” ». Autrement dit, l’université, qui se pense comtoise depuis 1976, ne serait-elle toujours “que” bisontine ?

Étrange affaire en vérité qui trouve sa conclusion dans la réponse du ministère et son explication dans l’histoire.
Par un courriel du 20 avril 2021, la responsable du département de la réglementation au ministère répond « [prendre] acte de ce changement de nom qui intègre la dimension territoriale » et affirme que ses services utiliseront, dans la mesure du possible, cette dénomination dans les échanges avec l’université. De même, celle-ci, peut, en vertu de l’autonomie conférée par l’art. L 711-7 du code de l’éducation, faire usage, tant nationalement qu’internationalement, de cette appellation. Pour autant, la dénomination juridique d’université de Besançon posée par l’art. D. 711-1 du code de l’éducation a vocation à la permanence et ne sera pas modifiée. Dont acte.
Être université de Besançon témoigne tout simplement d’une longue histoire. Comme l’a montré le médiéviste Jacques Le Goff (1924-2014), les villes et l’université sont nées en même temps : « Au début, il y eut les villes. L’intellectuel, au Moyen Âge – en Occident – naît avec elles »[1]. Tout naturellement, les universités lors de leur renaissance ont pris le nom de la ville d’implantation.
Aujourd’hui, les villes universitaires sont regroupées dans l’association des villes universitaires de France (Avuf) et tentent d’attirer la jeunesse, alors que les universités, souvent éclatées entre plusieurs campus urbains, ont à la fois besoin des villes, tout en regardant du côté des régions[2] qui les financent de par leurs compétences légales. Si beaucoup d’universités ont désormais pris, par usage, le nom de la ville-centre en y accolant le mot “université”, cela ne fonctionne pas. Comme le note Emmanuel Ethis, alors recteur de la région académique de Bretagne, professeur en sciences de la communication et ancien président de l’université d’Avignon, lors des quatrièmes Entretiens de Sceaux tenus par l’Avuf à la mi-mai 2021 : « J’entends peu de gens utiliser “La Rochelle-Université” ou “Avignon-Université”. On voit qu’on est dans un vrai-faux anglicisme. Aux États-Unis, on connaît Oxford, Stanford ou Harvard. Ces noms d’universités fonctionnent, sans le mot d’université, et cela témoigne de leur immense puissance de tir. En France, il n’y a sans doute que la Sorbonne qui fonctionne ainsi. Ce qui révèle tout le chemin qui reste à parcourir aux universités françaises pour améliorer leur image, intimement liée à la ville qui les héberge ». Ce qui importe, poursuit le recteur, « c’est que les collectivités territoriales puissent s’approprier l’université en racontant une histoire commune et ne pas être simplement piégées dans les conseils d’administration. L’université doit être au service de son territoire, quelle que soit la taille de ce territoire. Le sentiment d’appartenance de la communauté universitaire à son histoire universitaire est aussi un élément fondamental », E. Ethis reprenant ici le terme de « signature » utilisé par la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal[3].