Sarah Benchabane-Gaiffe, directrice de recherche au CNRS et pionnière mondiale en phononique (1980-2024)

Frédéric Chérioux

Sarah Benchabane-Gaiffe a marqué le domaine de la phononique par son parcours d’exception. Nommée chargée de recherche au CNRS en 2008 au sein de l’institut FEMTO-ST, elle accède au grade de directrice de recherche en 2022. Ses travaux scientifiques se concentrent principalement sur la propagation des ondes élastiques dans les micro- et nano-structures, comme les cristaux phononiques et les résonateurs phononiques, et sur leurs interactions avec les ondes optiques.

Sarah Benchabane-Gaiffe, directrice de recherche au CNRS et chercheuse de renommée internationale en phononique à l’institut FEMTO-ST, déc. 2019. FEMTO-ST.

Dès l’adolescence, Sarah hésite entre ses deux passions : la linguistique et les sciences. Finalement, elle opte pour ces dernières, où elle s’épanouira tout au long de sa carrière. Après des études à l’université Jean Monnet de Saint-Étienne, elle choisit la physique, une discipline qui lui offre un parfait équilibre entre théorie et expérimentation. Sa curiosité pour les langues et les cultures l’amène à effectuer une maîtrise en optique et physique des semi-conducteurs à l’université d’Édimbourg, en Écosse, puis un stage de diplôme d’études approfondies à Glasgow. En 2003, après avoir obtenu son DEA en optique et optoélectronique, Sarah rejoint FEMTO-ST pour préparer un doctorat en sciences pour l’ingénieur. Elle soutient sa thèse en décembre 2006 sur le guidage et le filtrage des ondes dans les cristaux phononiques. L’année suivante, elle effectue un post-doctorat à l’Institut des sciences photoniques (ICFO) à Barcelone, un centre de recherche récemment créé. En 2008, après avoir été retenue à plusieurs concours, dont un poste de chargée de recherche CNRS à FEMTO-ST et un poste de maître de conférences à Lille, Sarah choisit le CNRS pour se consacrer entièrement à la recherche. Elle revient alors à Besançon, tout en maintenant des collaborations fructueuses avec l’ICFO.

Les travaux de Sarah sur les cristaux phononiques lui valent de nombreuses distinctions, dont la médaille de bronze du CNRS en décembre 2012. Modeste, elle dédie cette récompense à l’ensemble de ses collègues, soulignant l’aspect collectif de ses succès. Par la suite, elle oriente ses recherches vers les ondes acoustiques au niveau quantique. En 2019, elle obtient un prestigieux financement européen (ERC Consolidator Grant) pour explorer les propriétés non linéaires de la phononique quantique.

Au-delà de ses accomplissements scientifiques, Sarah Benchabane-Gaiffe était une collègue admirée pour sa bienveillance, son ouverture d’esprit et son altruisme. Toujours disponible pour conseiller étudiants et chercheurs, elle s’efforçait de transmettre son expérience avec générosité. Très attachée à la cause des femmes dans les sciences, elle participait régulièrement à des initiatives pour encourager les jeunes femmes à se lancer dans ces carrières. Lors de la journée « Femmes en sciences » organisée par l’université de Franche-Comté en mars 2022, elle déclarait :

« Le plus important, c’est de convaincre les jeunes femmes qu’elles sont tout aussi capables que les hommes de faire des sciences. Elles ne sont pas moins douées, il n’y a pas d’inné. Par ailleurs, il ne faut pas se censurer : l’intérêt ou l’aisance dans les disciplines littéraires peuvent tout autant s’appliquer à une carrière scientifique. »

Sarah Benchabane-Gaiffe décède le 11 novembre 2024, laissant derrière elle une empreinte durable, tant par ses contributions scientifiques que par son humanité, inspirant des générations futures à poursuivre la quête du savoir.

Notes :
ARTICLES SIMILAIRES :
error: Contenu protégé.