Michel Woronoff (6 février 1991–5 février 1996)

Maryse Graner

Michel Woronoff, professeur de langue, littérature et civilisation de la Grèce antique, directeur de l’Université ouverte, est élu président de l’université de Franche-Comté le 19 décembre 1990. Son mandat, qui débute le 6 février 1991, peut se définir selon trois axes : les constructions, le dialogue et l’ouverture[1].

Ces cinq années de présidence coïncident avec une mue des bâtiments dans l’environnement universitaire. L’université de Franche-Comté bénéficie du schéma Université 2000, financé parl’État avec l’aide du conseil régional, des conseils généraux et des collectivités. Cette aide financière importante, qui manifeste l’intérêt des partenaires régionaux pour l’université, compte parmi les premières dans le soutien aux universités. Elle permet, dès 1990, la construction de locaux universitaires très attendus pour faire face à la montée importante des effectifs étudiants. Aux 140 000 m² de bâtiments initiaux, s’ajoutent près de 45 000 m², construits ou réhabilités : fin des travaux du CLA, construction des amphithéâtres Petit et Lévêque à l’UFR lettres, des amphithéâtres Courbet et Fourier à l’UFR droit, installation de la présidence de l’université dans l’ancien hôpital du Saint-Esprit, construction de l’UFR Staps, de l’UFR STGI sur les sites de Belfort-Montbéliard et de l’IUT de Belfort. Cet effort se poursuit avec la construction du Laboratoire des eaux, la réhabilitation des ex-locaux de chimie à l’UFR lettres et la restructuration des anciens locaux de l’ENSMM à l’UFR sciences. L’accompagnement et la conduite de ces chantiers d’importance sont gérés par Michel Roignot, secrétaire général des services.

Michel Woronoff, président de 1991 à 1996. Georges Pannetton.

Le 10 juin 1992, le président Woronoff signe le contrat d’établissement et, en juin 1993, acte la négociation à mi-parcours d’un avenant au contrat quadriennal de recherche. Véritable projet d’établissement, il fixe comme objectif prioritaire l’accueil de tous les étudiants de la région dans les filières d’enseignement supérieur, d’un haut niveau de qualité. Pour parvenir à cet objectif, trois stratégies sont définies : la constitution d’un réseau universitaire pour l’ensemble de la Franche-Comté, le renforcement de la structure interne de l’université et son désenclavement par le développement d’un réseau transrégional et transfrontalier.

Le nombre d’étudiants est passé de 18 000 en 1991 à 24 000 en 1995. Pour remplir la mission d’université régionale, la montée en puissance du pôle universitaire de Belfort-Montbéliard et la consolidation des départements de l’IUT de Vesoul permettent de mailler en grande partie le territoire universitaire franc-comtois[2] ; mais ces ouvertures engendrent de nouveaux besoins de financement et d’emploi d’enseignants et d’IATOS[3]. Si, sur les quatre années du contrat, les engagements financiers pris par l’État pour le bâtimentaire sont tenus, ce n’est pas le cas pour la création d’emplois d’enseignants et d’enseignants-chercheurs. Compte tenu du développement des sites universitaires, seuls 120 emplois sur les 160 attendus, dont 40 attribués pour le Nord-Est de la Franche-Comté, sont accordés par le ministère. Concernant les personnels IATOS, malgré les 34 emplois supplémentaires hors contrat qui s’ajoutent et la dotation exceptionnelle de 32 emplois, octroyée au titre du plan d’urgence en 1996, le total reste encore bien insuffisant. Pour remédier à cette demande accrue, l’université fournit, sous ce mandat, un gros effort de formation permanente, se traduisant par de nombreux succès aux concours administratifs.

Sans abandonner la mission de formation généraliste et de recherche fondamentale de l’université, le président poursuit l’ouverture dans la voie de la professionnalisation amorcée par ses prédécesseurs en se rapprochant des entreprises pour développer des maîtrises de sciences et techniques (MST) et des diplômes d’études supérieures spécialisés (DESS). Il s’attache aussi à encourager la vie culturelle, en partenariat avec le Crous, notamment par la création du passeport culturel pour les étudiants, également ouvert aux personnels.

M. Woronoff est, lui aussi, convaincu que l’université de Franche-Comté, pluridisciplinaire et régionale, constitue un atout essentiel pour le développement de la région. Devant l’ampleur des difficultés existantes, communes à l’ensemble des universités françaises, il mise sur un dialogue incessant. Tout d’abord avec les instances ministérielles, pour obtenir les moyens d’assurer un fonctionnement correct des activités en place, mais aussi pour ancrer les nouvelles filières. Seuls des moyens en postes de personnels, des aides financières et des locaux suffisants permettent de relever le défi d’un enseignement de masse sans baisse de qualité. Il dialogue avec les grands organismes de recherche pour affirmer la place de l’université de Franche-Comté, l’insérer dans les réseaux régionaux et internationaux et diversifier ses pôles d’excellence. Il communique avec les partenaires régionaux, politiques, économiques et sociaux auxquels il convient constamment de rappeler que l’université est un lieu de formation pour toute la population et que recherche fondamentale et recherche appliquée sont indissociables. Enfin, en interne, Michel Woronoff s’efforce de faire vivre un véritable esprit d’université face à une culture facultaire très ancrée. Il en va du bon fonctionnement des trois conseils (CA, CS, CEVU) et de la cohérence des programmes de recherche et d’enseignement, fondement de l’activité universitaire. Il s’attache à instaurer une solidarité entre ses différentes composantes et, au sein de la communauté universitaire, entre les étudiants, les enseignants-chercheurs et les personnels IATOS. Pour construire son projet d’université une et unie, il lance un nouveau journal interne mensuel, tout l’U[4], tiré à 8 000 exemplaires, où il explique sa politique et où l’actualité des services, des composantes et des laboratoires est mise en valeur. Ce journal complète le mensuel externe, en direct, qui valorise le potentiel universitaire auprès des acteurs économiques régionaux, outil essentiel de liaison avec l’entreprise, que Michel Woronoff ouvre à de nouveaux partenaires : l’université de Neuchâtel en octobre 1991, puis l’Institut polytechnique de Sevenans en novembre 1995.

Dans un objectif d’ouverture et le désenclavement, il souhaite  faciliter la circulation des étudiants, des enseignants, de la recherche et de l’information. C’est ainsi qu’il préside à la création du groupement des universités du Grand-Est et à celle du réseau transfrontalier CLUSE qui réunit les universités proches : Franche-Comté, Bourgogne, Neuchâtel, Lausanne, Fribourg et Genève.

Notes :

  • 1- « D’un président à l’autre, Michel Woronoff », en direct, n° 95, févr. 1993 ; supplément « Michel Woronoff, cinq ans de présidence », tout l’U, n° 37, janv. 1996.
  • 2- L’antenne jurassienne ouvre en septembre 2001 à Lons-le-Saunier, avec la licence professionnelle de gestion et traitement des déchets.
  • 3- IATOS : ingénieurs, administratifs, techniques, ouvriers et de service.
  • 4- La première rédactrice est Madeleine Lafaurie ; le journal tout l’U est réalisé à l’imprimerie de l’université.
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