Maurice Duvernoy (1885-1985) : un esprit novateur de l’École de médecine bisontine

Laurent Tatu

Maurice Duvernoy (1885-1985) est né le 30 août 1885 à Montbéliard (Doubs). Après une scolarité au lycée Victor Hugo de Besançon, il étudie la médecine, d’abord à l’école préparatoire de médecine de Besançon, puis à la faculté de médecine de Paris. Il y soutient sa thèse, en 1910, sur les causes de l’accroissement de la tuberculose à Besançon entre 1886 et 1907, et s’installe comme médecin dans le village de Scey-sur-Saône (Haute-Saône). Mobilisé le 1er août 1914, M. Duvernoy rejoint un bataillon de chasseurs alpins comme chirurgien sur le front d’Alsace et des Vosges. En octobre 1915, il passe à l’armée d’Orient. Son parcours sur le front de Macédoine l’amène à devenir, en 1917, médecin-chef de l’ambulance de la 11e division coloniale. Il laisse un important témoignage écrit et photographique sur son parcours dans la Grande Guerre. Retraité, il retourne d’ailleurs sur les lieux de ses pérégrinations en Orient.

Après sa démobilisation en 1919, M. Duvernoy revient à Besançon et commence une carrière universitaire. En 1921, il est nommé professeur suppléant en anatomie et physiologie. Il assure les travaux pratiques du cours de physiologie du professeur Maurice Limon (1876-1954) et publie, en 1928, un ouvrage de référence sur la physiologie des nerfs crâniens1. La même année, il est nommé professeur titulaire de la chaire d’anatomie, fonction qu’il occupe jusqu’en 1956. Sa démarche didactique allie des dissections synchronisées à des cours théoriques par le dessin au tableau. Il fournit à ses étudiants des livrets anatomiques didactiques innovants, les « Planches schématiques d’anatomie ».

Les réformes des études médicales du début des années 1930 réduisent notablement la part de l’enseignement de l’anatomie. Maurice Duvernoy décide alors de manière originale, dans le cadre de l’école de médecine de Besançon, d’instituer des « cours de vacances d’anatomie », accompagnés de séances de dissection (figure 1). Les étudiants, en début d’études ou plus avancés dans leur cursus, peuvent suivre durant un mois ces séances d’anatomie intensive. Le nombre d’étudiants est limité à une trentaine en raison des capacités d’accueil du laboratoire. Des étudiants venant d’autres régions ou d’autres pays assistent à ces cours d’été, agrémentés de quelques excursions touristiques. Cette formation connaît un grand succès, pendant plusieurs années avant la Seconde Guerre mondiale. La pratique quotidienne de ville du professeur se focalise sur les maladies du nez, de la gorge et des oreilles.

Figure 1 : Affiche des cours de vacances d’anatomie de l’année 1932. Collection privée.

Avant l’heure, M. Duvernoy a une vision globale de la santé. Il s’intéresse à la prévention des maladies chez l’enfant, à l’hygiène et à l’éducation physique. Il organise l’inspection médicale des écoles, fonde et dirige le préventorium de Chailluz pour les enfants concernés par une primo-infection tuberculeuse. Bien avant la diffusion du carnet de santé par le ministère de la Santé publique, il crée un livret de santé distribué aux enfants de Franche-Comté. 50 000 exemplaires sont en circulation en 1939 (figure 2). Il sera consulté à plusieurs reprises pour la mise en place nationale du carnet de santé. En collaboration avec le recteur Franck Alengry (1865-1946), M. Duvernoy développe à Besançon, en 1928, un centre d’éducation physique. Transformé l’année suivante en institut universitaire, il devient finalement en 1932, l’institut régional d’éducation physique (IREP), dont il conserve la direction jusqu’à la retraite.

Figure 2 : Livret de santé développé par Professeur Maurice Duvernoy (1885-1985). Collection particulière.

Après l’épreuve de la Seconde guerre mondiale, en 1945, M. Duvernoy devient directeur de l’école préparatoire de médecine et pharmacie de Besançon (figure 3). Il succède à la brève direction du professeur Paul Baufle (1885-1946). Sur la base de modèles d’écoles de médecine suisses et allemandes, il travaille à un agrandissement et à une nouvelle localisation de l’école bisontine et multiplie les propositions à la municipalité. Dans un contexte de difficultés croissantes avec la faculté de Nancy, il œuvre également à un changement de faculté de tutelle, en proposant un retour au rattachement à la faculté de médecine de Strasbourg. À deux reprises, M. Duvernoy fait voter ce rattachement par la municipalité. Mais le directeur général de l’enseignement supérieur Pierre Donzelot (1901-1960) s’oppose au projet. Il entrera en conflit avec ce dernier sur d’autres projets et s’opposera à de nombreuses manœuvres purement politiciennes pour lesquelles il a peu d’appétence.

Figure 3 : Maurice Duvernoy (1885-1985) en toge de professeur. Collection particulière.

L’œuvre anatomique de M. Duvernoy va perdurer par l’intermédiaire d’un de ses fils, Henri Duvernoy (1931-2021). Il devient, à son tour, professeur d’anatomie à la faculté de médecine de Besançon et est une référence mondiale en neuroanatomie.

Notes :
1 – Maurice Duvernoy, Physiologie des nerfs crâniens et de l’innervation sympathique de la tête, Besançon, V. Chicandre, 1928.
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