Entre le début et la fin de la décennie 1960, les effectifs étudiants font plus que doubler en France. À Besançon, 2 217 étudiants sont inscrits en 1960, 5 337 en 1965 ! Si cette arrivée massive signale une démocratisation des études dans l’enseignement supérieur, elle est aussi induite par des contraintes économiques et sociales. La modernisation des structures productives du pays et les contraintes de la société industrielle imposent un niveau de formation plus poussé.
Le gouvernement doit organiser cet afflux massif vers l’université. C’est la préoccupation de l’État et des ministres de l’Éducation nationale successifs. En 1964, le rapport d’André Boulloche[1], alors président de l’institut du commerce extérieur, souligne le manque patent d’ingénieurs, préconisant d’en doubler le nombre formé chaque année pour répondre aux attentes d’un monde industriel en plein développement. Dans cette dynamique, la recherche universitaire, notamment en sciences ou en médecine, est de plus en plus sollicitée. Face à la pression démographique mais aussi pour répondre à la demande nationale en techniciens supérieurs qualifiés, en période de forte croissance économique, Georges Pompidou insiste, lui-aussi, sur la nécessité d’ouvrir plus démocratiquement l’enseignement supérieur.
La création des instituts universitaires de technologie par Christian Fouchet, ministre de l’Éducation nationale (décret du 7 janvier 1966), marque la relance du développement de l’enseignement supérieur technique en France[2]. En offrant ainsi une alternative d’études universitaires privilégiant, sur des cycles courts de deux années, des liens étroits avec le monde socio-économique, l’objectif est de renforcer le niveau de professionnalisation des étudiants, futurs cadres intermédiaires tant demandés.
Les enseignements dispensés par ces instituts correspondent à des faisceaux d’activités dans les branches essentielles du domaine industriel et à certaines fonctions importantes du secteur tertiaire (services). Quatorze premiers IUT font leur rentrée à l’automne 1966. Les décrets de création des IUT de Besançon et de Belfort datent respectivement du 24 août 1967 et du 9 juillet 1968.

La mise en place des formations en IUT, dans le respect des textes, diffère d’emblée des cours théoriques dispensés dans les amphithéâtres des facultés. Contrairement à ces dernières où les étudiants sont en surnombre, les IUT prononcent des admissions sélectives et les groupes ne dépassent pas, en moyenne, 25 étudiants.Les diplômes universitaires de techniciens supérieurs (DUT) sont délivrés à bac +2. Ce nouveau dispositif, offrant un univers encadré, rassurant et proche de celui du secondaire, séduit les lycéens. L’enseignement à l’IUT est dense et exigeant, à raison d’une trentaine d’heures de cours par semaine (cours magistraux, travaux dirigés, travaux pratiques), à l’assiduité très contrôlée. Une autre différence avec les cursus d’études en faculté sont les stages professionnels, constituant une première étape vers l’emploi. Pendant dix ou douze semaines, l’étudiant teste et valide ses compétences sur le terrain, dans et avec l’entreprise. Omniprésentes à l’IUT, les technologies sont au cœur d’un enseignement en évolution constante, qui s’appuie sur les résultats des laboratoires de recherche de l’université, eux-mêmes en relation avec le vivier des entreprises locales. Ces deux années d’études offrent, en effet, de multiples contacts avec les entreprises afin d’y acquérir l’expérience attendue par le monde du travail. De plus, chaque année, les départements organisent des rendez-vous avec le milieu professionnel, comme les olympiades de la chimie ou les nombreux « challenges » de la publicité, de la documentation d’entreprise, de la communication ; ils permettent aux étudiants de nouer des liens avec les entreprises partenaires pour mieux s’y insérer ensuite…