Pour beaucoup d’étudiants issus des milieux modestes, l’aspect financier peut être un frein d’accès à la voie des études supérieures. D’après une étude de l’observatoire de l’insertion professionnelle[1] sur le bassin universitaire de Besançon, en 1998-1999, si 17 % des étudiants logent dans l’environnement familial, ce qui est cohérent avec leur origine géographique, 81,6% résident cependant en logement indépendant. Quant à leurs ressources, l’aide financière des parents est citée à 81 %, suivie par les bourses et les allocations d’études (32,1 %), puis par les revenus d’un travail occasionnel (27,2 %) ou régulier (9,4 %).
En France, une des plus anciennes résidences universitaires[2] voit le jour à Besançon en 1929, lorsque le recteur François Alengry (1865-1946) décide de construire une cité universitaire[3] sur un terrain offert par la ville de Besançon à Canot, au bord du Doubs. Il s’agit de faciliter l’accès des études supérieures à tous et même aux moins fortunés des étudiants des quatre départements comtois, ainsi qu’aux étudiants étrangers venant suivre l’été des cours de français. Il convient de loger ces étudiants, « dans les meilleures conditions d’hygiène et de confort, et cela pour un prix minime ». Le projet de René Tournier (1899-1977) remporte le concours d’architecture. L’exemplarité de cette cité universitaire de Canot lui vaut d’être inaugurée par le président de la République française Albert Lebrun (1871-1950) et par le Bisontin Jules Jeanneney (1864-1957), président du Sénat, le dimanche 2 juillet 1933.

Au début des années 1930, pour structurer les initiatives étudiantes, le ministère de l’Instruction publique confie à la commission des recteurs, organisme public, la gestion des subventions allouées aux associations générales des étudiants (AGE)[4]. En 1936, Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale du Front populaire, crée le Comité supérieur en faveur des étudiants qui, en 1947, devient le Comité supérieur des œuvres sociales, en faveur de la jeunesse scolaire et universitaire. Les premiers foyers étudiants voient le jour. C’est en 1947[5], après la guerre, que naissent les centres des œuvres en faveur de la jeunesse universitaire et scolaire, dotés du statut d’association de la loi 1901. Ce réseau d’entraide et de solidarité entre étudiants s’organise pour accompagner les conditions matérielles et morales de la jeunesse estudiantine issue de familles pauvres ou dans une situation financière difficile. C’est dans cet objectif et grâce à l’initiative des associations générales étudiantes (UNAGEF)[6] que naît, le 16 avril 1955, le Centre national des œuvres universitaires et scolaires (CNOUS). Obtenant le statut d’établissement public à caractère administratif, il structure alors les différents Crous (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires) qui, eux, assurent, pour tout le territoire, une proximité régionale avec les étudiants.
Le CNOUS et les Crous accompagnent les étudiants grâce à plusieurs missions. La première concerne l’hébergement des étudiants. À Besançon, en 1956, les autorités universitaires de Besançon décident de construire un nouveau campus scientifique sur des terrains disponibles à la Bouloie, hors de la « boucle » du Doubs[7]. C’est à cette époque que les résidences universitaires font leur apparition, à la périphérie des villes, sur le modèle des campus américains, regroupant à la fois université et lieu de résidence. Ainsi, à la Bouloie, dès 1963, de nouveaux logements, répondant à une logique quantitative, proposent un hébergement à 1 300 étudiants. Un vaste espace central sépare les résidences des filles de celles des garçons[8].
Différentes réformes accordent le bénéfice de l’aide personnalisée au logement aux étudiants[9]. Puis, jusqu’en 1995, ce ne sont pas moins de 30 000 places supplémentaires qui sont créées dans les Crous en France, principalement pour les étudiants boursiers.
À Besançon, de nouvelles résidences émergent de 1992 à 1997, complétant les deux cités universitaires d’origine à la Bouloie, et hébergeant 88,6 % des étudiants comtois. Les bâtiments prennent le nom de personnalités illustres : Rousseau, Stendhal, Gérôme, Gigoux, et les résidences de Fourier et Colette : la plupart des chambres meublées de 9 m2 disposent de sanitaires, de douches-toilettes et de cuisines collectifs. Les résidences livrées en novembre 1997 sont, en plus, équipées d’une cuisine et d’un WC indépendants.

Contrairement au modèle initial, les 100 derniers logements construits dans le cadre du plan « université 2000 », du T1 de 19m2 au T3 de 73 m2, sont plus qualitatifs. En 1994, une nouvelle résidence universitaire de 77 logements voit par ailleurs le jour, rue Antide Janvier à Besançon, complétant le parc d’hébergement de la cité internationale Canot voisine.
Ainsi, à Besançon, 3 074 logements et chambres, soit 3 400 lits, sont proposés en 1997. Une bonne centaine d’entre eux sont situés à Mégevand et à Canot au centre-ville, auxquels il faut ajouter 27 logements à la résidence l’Agora à Planoise.
Le 1er septembre 2023, une nouvelle résidence étudiante de 105 logements, La Comtoise, ouvre à Besançon. Elle est située au 35 avenue du 60e RI dans l’écoquartier Vauban, à mi-chemin entre le campus de la Bouloie et le centre-ville. Le mardi 5 décembre 2023, la Comtoise est officiellement inaugurée en présence de Christine Le Noan, directrice générale du Crous Bourgogne-Franche-Comté, de Macha Woronoff, présidente de l’université de Franche-Comté et d’Anne Vignot, présidente de Grand Besançon Métropole et maire de la ville. Chaque chambre est spacieuse (de 16 et 26 m2), équipée de mobilier conçu par un designer et réalisé par des entreprises franc-comtoises. Leur loyer mensuel se situe de 350 à 490 €.

Par ailleurs, la rénovation des résidences étudiantes se poursuit avec l’aide de la région Bourgogne-Franche-Comté, de l’État et de Grand Besançon Métropole, en commençant par la résidence Colette à Besançon (opération soutenue par le CNOUS et la région Bourgogne-Franche-Comté). Les proches années verront se concrétiser les rénovations des bâtiments Rousseau et Gérôme (opération soutenue par Grand Besançon Métropole, la région BFC et l’État) sur le campus de Bouloie Temis.
En 2024, le parc immobilier de résidences universitaires du Crous BFC à Besançon est composé de 2 338 logements, dont 2 548 lits et, depuis 2018, les logements sont tous équipés de sanitaires et douches individuels.
Dans le Nord Franche-Comté, la construction des résidences universitaires est également ancienne, puis se poursuit pour offrir, en 1997, 1 140 chambres, soit 1 200 lits.
À Belfort, quelques jours après la première rentrée de l’IUT du 8 octobre 1968, le plan de la future résidence universitaire est réalisé. L’autorisation du permis de construire, déposé le 6 novembre, est délivrée le 20 novembre. En 1969, la livraison de la première tranche offre 312 chambres individuelles. En 1970-1971, la seconde tranche est équivalente, soit 624 chambres en tout. Pendant les travaux, les étudiants logent chez l’habitant. En 1993, la nouvelle cité universitaire Braudel compte 99 logements. En novembre, la résidence Jean-Paul Sartre, conçue par l’architecte Jean-Pierre Drezet sur un terrain mis à disposition par la ville, offre 131 studios et 14 appartements.

À Montbéliard, dès la création du Campus des Portes du Jura en 1992, la résidence Thom propose 120 nouveaux logements, complétés l’année suivante par quarante autres logements. Héricourt dispose, quant à elle, de 22 logements. En 2024, dans le Nord Franche-Comté, le parc immobilier de résidences universitaires du Crous BFC est composé de 735 logements, dont 775 lits.
En 2006, le Crous de Franche-Comté est dans le peloton de tête national en matière de logement. Avec 3 600 lits, l’offre couvre alors deux demandes sur trois. Une première tranche de rénovation des bâtiments datant des années 1970 permet de réhabiliter près de 80 % du parc jusqu’en 2010. En 2024, 12 % des étudiants de la région sont logés par le Crous, qui ne satisfait ainsi qu’une demande sur deux. Les logements sont attribués, en priorité, aux étudiants boursiers, ayant les revenus les plus modestes pour se loger[10].
La deuxième mission du Crous concerne la restauration des étudiants. Pour beaucoup d’étudiants, le « resto U » est l’endroit où manger un repas équilibré, à tarif social étudiant. À partir des années 1960, les premiers restaurants universitaires voient le jour sous la forme moderne du self-service.

En avril 2000, le Crous Franche-Comté[11] distribue 1 300 000 repas annuels sur les sites universitaires, avec des menus élaborés en amont par une diététicienne et un contrôle sanitaire effectué mensuellement par l’Institut Pasteur ou ponctuellement par les services vétérinaires.
Différents restaurants répondent aux besoins des étudiants.
À Besançon, le restaurant Lumière, établissement amiral construit dès l’origine du campus en 1963 (Le Grand Bouloie), sert chaque jour entre 2 000 et 2 500 repas. Il comprend un self italien très prisé des étudiants. Une cafétéria, située au rez-de-chaussée, leur permet de se restaurer jusqu’à 21h45. Les mêmes cuisines préparent, par ailleurs, en moyenne 800 autres repas pour la restauration universitaire à Vesoul et au restaurant voisin du Petit Bouloie. Ce dernier, ouvert depuis 1995, complète l’offre sur le grand campus bisontin. Avec ses trois façades totalement vitrées, il offre une vue panoramique sur la nature verdoyante du parc de l’observatoire. On peut également y déjeuner en extérieur, sur sa terrasse aménagée et ombragée. Au cœur de la boucle du Doubs, voisin de l’UFR lettres, le restaurant Mégevand sert 750 repas par jour. En 1994, naît le nouveau restaurant universitaire Antide Janvier-Canot, dessiné par l’architecte Alain Ripoche, qui propose une salle à manger de 350 places.

Le 2 octobre 2014, la première pierre du nouveau restaurant universitaire santé, sur le site du Haut-du-Chazal est posée[12].


Conçu par l’architecte Serge Ferrini de l’agence Archi.Tech, ce bâtiment de plain-pied est situé rue Ambroise Paré, dans l’alignement de la bibliothèque universitaire, le long du tramway. Attendu quatre années par les étudiants de l’UFR santé depuis le déménagement de celle-ci du site de l’Arsenal, il ouvre le 1er septembre 2015.

En 2024, il offre 400 places assises et le Crous y sert en moyenne 650 repas par jour[13].
À Vesoul, le restaurant, créé en 1989, accueille principalement les étudiants de l’antenne de l’IUT de Besançon-Vesoul et potentiellement ceux de l’INSPE.
Dans le Nord Franche-Comté, trois restaurants sont désormais présents. À Belfort, si la première résidence universitaire est livrée en 1969, la restauration des étudiants n’est pas encore opérationnelle. Dans les premiers temps, le comité d’entreprise de l’entreprise Alsthom accueille les étudiants dans son restaurant, au tarif étudiant[14]. À Belfort, le restaurant Duvillard, rénové en 1994 sur le site de l’IUT, et le restaurant Rabelais, construit au centre-ville en 1993, nourrissent 1 200 convives par jour. À Montbéliard, sur le campus des Portes du Jura, le restaurant Jean Zay, ouvert en 1992, complété par la salle à manger Sud, sert 500 repas par jour. À Sevenans, le restaurant de l’UTBM voit ensuite le jour en 2003 avec l’Agence Cartignies Canonica architecture[15].
Les personnels de l’université et les visiteurs extérieurs y sont aussi accueillis. Les tarifs varient selon le statut. Pour compléter son offre fixe de restauration et assurer des points rapides de restauration, le Crous se dote de nouveaux dispositifs, allant au plus près des usagers. D’une part, il ouvre des cafétérias, de 7 heures à l’après-midi pour les petits-déjeuners et déjeuners, la restauration rapide et la vente à emporter. Ces nouvelles possibilités s’illustrent avec l’ouverture de la nouvelle cafétéria de Canot de 150 m2 (1994), située au rez-de-chaussée de la Cité universitaire internationale ; de celle du Petit Bouloie (1995), de l’Arsenal (2015), de l’espace Mini R[16], jouxtant le resto U Santé, du Crous’tillant (2017) à Mégevand, de la Cafet’ à Belfort, et du Tech & Co jouxtant les locaux du Crunch Lab de l’UTBM (2023). D’autre part, un “Crous-truck” est mis en place, petit camion mobile qui vient au-devant des étudiants pressés, disposant de peu de temps pour déjeuner et qui ne pourraient pas se rendre au restaurant universitaire.
Le Crous s’est engagé dans une démarche éco-responsable, proposant des produits de qualité, respectueux de l’environnement et de la santé, s’inscrivant ainsi dans une politique d’alimentation saine et durable. Les équipes préparent et cuisinent quotidiennement des plats équilibrés, variés, “faits maison”, végétariens, à partir de produits frais. En 2024, il s’engage pour une gestion et des pratiques plus respectueuses de l’environnement afin d’atteindre les objectifs de la loi Egalim[17]. Depuis 2018, il effectue le tri des biodéchets dans ses restaurants universitaires. Les étudiants sont invités à faire un geste écoresponsable pour donner une seconde vie aux restes de leur plateau. Avec une démarche vertueuse, l’ensemble des biodéchets est valorisé par un processus de méthanisation.
La troisième mission du Crous est l’aide sociale. Si, depuis 1925, tous les étudiants qui ont le baccalauréat et des revenus inférieurs à un niveau donné peuvent prétendre à une bourse, c’est depuis 1995 que le Crous gère, à lui seul, le budget des bourses des étudiants[18]. En 2023, l’État poursuit les efforts entrepris, depuis 2019, pour compenser l’augmentation du coût de la vie en revalorisant pour la 4e année consécutive le montant des bourses avec une hausse de 4 %, se traduisant par plus de 2 milliards d’euros versés à 675 420 étudiants boursiers[19]. Le Crous BFC accompagne individuellement les étudiants avec une équipe d’assistants sociaux.
Dans cet esprit d’aide sociale, le Crous remplit pleinement sa mission avec le maintien des tarifs sociaux du repas à 3,30 €, et même très sociaux depuis 2023, avec le repas à 1 € pour les étudiants boursiers et non boursiers en situation de précarité. En 2022-2023, 48 % des repas servis en Bourgogne-Franche-Comté sont des repas à 1 €, du fait du fort taux de boursiers dans cette académie.
Au printemps 2016, pour adapter la carte des services publics à la nouvelle organisation issue de la loi NOTRe[20], le gouvernement arbitre différentes opérations, parmi lesquelles figure la fusion des Crous de Besançon et de Dijon afin de constituer un Crous de plus grande envergure, capable de piloter des projets plus ambitieux pour la région Bourgogne-Franche-Comté. Cette fusion devient effective au 1er janvier 2019. Le siège du Crous BFC, situé 32 avenue de l’Observatoire à Besançon et voisin d’UBFC (université Bourgogne-Franche-Comté), bénéficie de locaux appropriés et restaurés dans le campus de la Bouloie[21]. Implanté sur trois sites : Dijon, Besançon et le Nord Franche-Comté, le Crous ambitionne de construire un maillage serré du territoire, au Creusot et à Nevers, afin d’irriguer plus largement la Bourgogne-Franche-Comté pour assurer ses missions de service public aux côtés de tous les étudiants de la région. Il est ainsi également présent à Auxerre et à Vesoul grâce à une offre de restauration et/ou d’hébergement.
Globalement, le Crous BFC dispose en 2024 de 35 structures de restauration et de 24 résidences universitaires, comptant 7 000 lits, de trois lieux culturels et de deux espaces entièrement consacrés à la vie étudiante. À la rentrée universitaire 2024, le Crous BFC accompagne les 85 514 étudiants de la région, dont 23 293 boursiers.
Soucieux d’offrir les meilleures conditions de vie aux étudiants dans les campus, les Crous connaissent de grandes mutations. Cette étape importante s’accompagne du développement de nouvelles compétences pour les Crous telles que la mission d’accompagnement de la vie étudiante par l’animation des campus et de la culture. Depuis 1990, pour inclure les étudiants à leur gouvernance, les conseils d’administration des Crous accueillent une vice-présidence étudiante, plaçant bien l’engagement étudiant originel au cœur du réseau.