À la suite du choc pétrolier de 1973, le pouvoir doit faire face à une réalité nouvelle, celle de la crise économique dont les effets indirects vont renforcer la reprise en main de l’université. L’heure des choix a sonné : l’éducation doit être utile et le service public ne peut plus tout assumer. La rationalité économique marque désormais la réforme des études. L’État doit contraindre l’autonomie, accordée par la loi Edgar Faure de 1968, en habilitant les universités à délivrer un nouveau diplôme, le diplôme d’études universitaires générales (DEUG)[1], qui sanctionne deux années d’études supérieures. L’objectif est, à présent, de fortement encadrer tant le contenu disciplinaire dispensé que les modalités d’évaluation de l’étudiant.
De plus, , le rapport commandé par le gouvernement de Pierre Messmer à deux universitaires de renom, Raymond Barre et Jean-Louis Boursin, remis le 4 janvier 1974 au ministre de l’Éducation nationale, Joseph Fontanet, démontre que « l’on ne peut laisser le mouvement de démocratisation générale et irréversible, qui a gagné le secondaire, se poursuivre dans le supérieur. L’accueil de “tous” transformera les établissements en “universités dépotoirs”, qui dispenseront un “enseignement inadéquat” et pratiqueront une “fausse recherche” »[2] . Les moyens ne doivent plus être attribués en proportion du nombre d’étudiants, mais justement en fonction de la qualité de la recherche, une politique qualitative se substituant ainsi à une politique quantitative. Et la professionnalisation mérite, elle aussi, d’être renforcée.
Aux termes de l’arrêté du 20 janvier 1976[3], soit douze jours après le remplacement du secrétaire d’État aux universités Jean-Pierre Soisson par Alice Saunier-Séïté (1925-2003)[4], les licences et les maîtrises sont désormais soumises à habilitation sur dossier. Cela après expertise et « avis des milieux professionnels sur l’adaptation de la formation envisagée aux contraintes du marché de l’emploi, tant sur le plan quantitatif que qualitatif ». Dans la mesure où la réforme se fera à moyens constants, les formations n’ayant pas fait la preuve de leur utilité économique disparaîtront. Les étudiants ont beau envahir la rue en scandant : « Pas de patrons dans les facs » et recevoir l’appui des présidents d’université, l’arrêté s’applique. De nombreux diplômes ne sont pas habilités et c’est d’ailleurs cette situation qu’évoque la motion du conseil de l’université de Besançon, lors de sa séance du 30 octobre 1980[5] : la conservation de l’intégralité des enseignements est loin d’être acquise. La crise des habilitations est une crise majeure, qui entraîne une grève de près de trois mois au sein des universités, sans doute la plus longue jamais connue.
Mais le gouvernement ne cède pas et la page de la concertation se tourne. Les recteurs retrouvent un pouvoir pour partie perdu. Certes, selon le professeur de droit public François Luchaire (1919-2009), cofondateur et président de l’université Paris I Panthéon Sorbonne, la nécessité d’une habilitation méconnaît la mentalité des Français : « On leur dit : “Déposez un dossier” et ils devront discuter longuement, lourdement, pour un résultat incertain après avis d’une commission discrétionnairement désignée […]. Une décision discrétionnaire est toujours suspecte alors que l’on doit dire à une université dans quelles conditions elle peut délivrer un diplôme »[6].
Pour autant, la donne a changé et rien ne sera jamais plus comme avant.