L’attractivité des masters

Maryse Graner – Caroline Guichard

Les chiffres des inscrits en master sont de bons indicateurs de l’attractivité de la carte des formations d’une université. En effet, ces cohortes d’étudiants en 2e cycle sont nourries, à la fois, par le flux d’étudiants poursuivant leur premier cycle de licence dans le même établissement (ce qui permet de mesurer le taux de rétention) et par celui des nouveaux arrivants venus d’autres universités françaises ou étrangères. Depuis la rentrée 2017, l’accès en 1re année de master est de droit pour un diplômé de licence du domaine correspondant[1]. Cependant, pour certaines mentions de master aux capacités d’accueil limitées, les établissements peuvent recruter sur concours ou sur dossier. Si, en effet, les étudiants de premier cycle choisissent le plus souvent leur université en fonction d’un critère de proximité géographique, la perspective change en master et en doctorat, où ils deviennent beaucoup plus mobiles géographiquement. La recherche d’une spécialisation, voire un certain prestige lié à leur formation, les conduit à s’orienter vers tel ou tel établissement.

Encart de communication sur l’offre des masters de l’université de Franche-Comté, 2005. Catherine Bouteiller.

De fait, la notoriété d’un établissement, l’accréditation de certaines formations apparaissent comme la garantie d’un diplôme de qualité, reconnu et valorisé sur le marché de l’emploi. Les classements, nationaux et internationaux, peuvent influencer les choix des étudiants. L’adossement d’un master à des laboratoires de recherche d’excellence dans la perspective d’un doctorat, les liens qu’il a développés avec l’industrie ou avec le monde socio-économique sont des facteurs de référence[2]. D’autres critères peuvent intervenir, comme la qualité de vie et de l’environnement, le coût de la vie (hébergement, restauration), la facilité de transports, ou encore la richesse de la vie étudiante dans tous ses aspects (associatifs, solidaires, écologiques, culturels, sportifs). L’attractivité des campus universitaires, leurs infrastructures et leurs équipements, mais aussi la réputation d’une ville où il fait bon vivre, autant d’éléments qui comptent dans les choix. La direction du pilotage et l’observatoire de la vie étudiante (OFVE) réalisent régulièrement des enquêtes pour mesurer cette batterie d’indicateurs[3].

L’université, les villes universitaires[4], voire le diplôme, cultivent leur image comme des marques de qualité. En 2010, Claude Condé et son équipe se préoccupent tout particulièrement de l’attractivité des masters de l’établissement. C’est une année qui permet, avec du recul, de mesurer le chemin parcouru depuis que l’université de Franche-Comté applique le dispositif LMD (licence, master doctorat). Avec cette réforme, les grades du deuxième cycle d’études (maîtrise et DEA ou DESS) se sont transformés en un master, en deux ans (M1 et le M2), dont la finalité est « professionnelle » ou « recherche »[5]. Enfin, ces étudiants en master nourriront, à leur tour, le flux des doctorants de 3e cycle, indispensables à la vie d’une université dont les piliers sont la recherche, la formation, l’insertion professionnelle et la mobilité internationale.

Affiche promotionnelle de la « soirée Master », 23 avril 2010. Catherine Bouteiller.

L’objectif est donc de développer la visibilité et l’attractivité des 66 spécialités et des 113 parcours de masters de l’université de Franche-Comté, offrant le choix d’une évolution professionnelle qualifiante par le passage du niveau de technicien (bac +2 ou bac +3) à celui de cadre (bac +5). Il s’agit d’attirer de nouveaux étudiants et de donner envie à ceux en 3e année de licence de poursuivre sur place en 2e cycle.  Le projet est confié conjointement au service commun d’information et d’orientation (SCUIO-IP) et à la direction de la communication. Le format retenu est l’organisation d’un événement d’envergure, la « soirée masters », dont le programme se déroule en deux temps : informatif pour tous les publics cherchant une formation correspondant à leur projet ; puis un moment de convivialité, fédérateur des diverses parties prenantes : étudiants, enseignants, chercheurs et entreprises. Le jeudi 22 avril 2010, l’université de Franche-Comté organise son premier événement entièrement consacré à ses masters dans les locaux de la maison des étudiants (MDE), au campus bisontin de la Bouloie. La première partie de la soirée est consacrée à un forum où chaque master, disposant d’un espace spécifique, réunit un trio : le responsable du master, un responsable des ressources humaines d’une entreprise et un ancien étudiant diplômé, alumni de l’UFC, bien inséré professionnellement. L’idée est d’afficher l’employabilité des différents diplômes, souvent méconnue des étudiants, aux côtés de nombreux professionnels et partenaires économiques pour témoigner de la bonne insertion professionnelle sur le marché du travail : collectivités territoriales, chambre régionale de commerce et d’industrie de Franche-Comté, banques, réseau Entreprise Europe… La deuxième partie de soirée se veut festive ; elle réunit tous les interlocuteurs présents autour d’un cocktail favorisant les prises de contacts et le réseautage.

Carton d’invitation à la Soirée Master, le 13 mars 2012, Maison des étudiants. Catherine Bouteiller.

L’affichage se veut “haut de gamme”, pour les outils de communication (Figures 2 et 3) comme pour l’aménagement, très “VIP” : le tapis rouge est déroulé sur les marches de la MDE et la décoration des lieux parfait l’aspect valorisant de l’accueil.

Le tapis rouge, siglé d’un grand M, est déroulé devant les marches de la maison des étudiants. 2012. Ludovic Godard.

Cette soirée rencontre un grand succès et se poursuit jusqu’en 2017, année de mise en place par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (MESR) du portail national « Mon Master ». Recensant les 3 000 masters délivrés par les d’établissements d’enseignement supérieur, le site offre ainsi une visibilité nationale aux diplômes[6].


Affiche promotionnelle des masters de l’université de Franche-Comté, dans le cadre du nouveau dispositif « Trouver mon master.gouv », 2017. Élodie Crozier.

L’attractivité des masters est une préoccupation nationale. Les Groupes média l’Étudiant ou Studyrama organisent des salons master et 3e cycle, à Paris, où l’université de Franche-Comté participe pendant deux années successives. En 2013, l’UFC obtient la 16e place (sur les 76 universités françaises) du classement « des meilleures universités, plan réussite en licence[7] et meilleurs masters » réalisé par le ministère de l’Enseignement supérieur[8]. Par rapport à la moyenne nationale, l’UFC est particulièrement efficace pour faire réussir ses étudiants compte tenu de ses spécificités : elle en accueille davantage issus du milieu ouvrier que de parents cadres, il y a plus de bacheliers venant de séries technologiques que générales et l’âge d’obtention du bac est également plus tardif. Toujours en 2013, l’Observatoire de la formation et de la vie étudiante de l’UFC réalise une enquête sur le devenir de ses diplômés de master, qui permet de faire le point sur la promotion 2010. Cette année-là, sur les 21 272 étudiants alors inscrits à l’université, 3 481 étaient en master[9]. Deux ans après, 90 % des diplômés de master occupent un emploi[10] et 94 % sont cadres ou dans une profession intermédiaire. Leur salaire moyen net mensuel, hors prime, est de 1 990€. 80 % des diplômés estiment que leur emploi correspond au niveau de leur diplôme et/ou à la spécialité de leur formation. Ils sont recrutés à 50 % en entreprises privées, à 29 % dans la fonction publique, à 11 % dans une association ou un organisme à but non lucratif et 5 % sont des travailleurs indépendants. Ces emplois sont situés pour 47 % en Franche-Comté, 20 % dans une région limitrophe et 6 % travaillent en Suisse.

L’université de Franche-Comté effectue une autre étude sur l’attractivité de ses masters en 2019. L’UFC se caractérise par un nombre élevé d’étudiants de 1re année de master originaires de l’établissement. Ainsi, à la rentrée 2019, 63 % des inscrits en 1ère  année de master étaient dans l’établissement l’année précédente[11]. L’arrivée massive d’étudiants de 1er cycle, limitant le nombre de nouveaux entrants dans le second cycle, constitue un premier facteur explicatif endogène. En 2019, avec ses 41 différentes spécialités de master[12], dont 20 co-accréditées, l’UFC se situe en 24e position parmi les 63 universités françaises, pour la richesse de son offre dans ce grade. La diversité de la carte des formations peut, de ce fait, conduire les étudiants à poursuivre leurs études dans leur établissement. Les étudiants sont très nombreux dans les secteurs de la santé du fait de la présence du centre hospitalier universitaire. Les étudiants en médecine représentent ainsi 40 % des inscrits du second cycle. C’est la plus grosse filière et la troisième part la plus importante du référentiel. Par ailleurs, et paradoxalement, une spécialité plus rare n’attire pas beaucoup plus d’étudiants originaires d’un autre établissement qu’une formation dispensée dans de nombreuses universités[13]. Inversement, des formations présentes dans de nombreuses universités, comme en sciences économiques et en gestion, affichent des taux de remplissage très élevés.

La mesure de l’attractivité d’un établissement passe aussi par l’analyse du devenir de ses diplômés. Les choix d’orientation des étudiants, dont dépend l’attractivité forte ou faible des différentes filières de formation, sont également étroitement liés à l’attrait des métiers qui leur sont associées. La sélection des étudiants en 1re année de master, qui a pour corollaire la réduction du nombre d’étudiants mal orientés, permet de mieux identifier les projets des étudiants[14] et de viser une meilleure adéquation avec le monde du travail. L’université de Franche-Comté se distingue par de très bons taux d’insertion professionnelle[15]… En 2020, 1 008 étudiants sont diplômés en master à l’UFC, soit un taux de réussite de 82,9%. 82% sont obtenus en formation initiale, 8% en contrat d’apprentissage, 5% en contrat de professionnalisation et 5% en formation continue. En 2022, soit trente  mois après l’obtention de leur diplôme, le taux d’insertion professionnelle est de 92% (3% ont poursuivi des études et 3% sont inactifs). Enfin, l’UFC se démarque avec un nombre relativement important d’étudiants en mobilité internationale[16]. Avec 4,5 % d’étudiants internationaux en 1re année de master (contre 1,9 % dans l’ensemble des universités françaises), elle bénéficie d’un fort rayonnement international.

En 2023, l’université de Franche-Comté mise fortement sur la qualité de ses formations, au service des étudiants, et développe la professionnalisation. Les bons taux d’insertion professionnelle pour ses diplômés de master marquent une vraie reconnaissance de la valeur de ses diplômes par les milieux socio-économiques.

Notes :
  • 1. La loi relative à l’accès aux masters a été votée à l’unanimité le 19 décembre 2016 à l’Assemblée nationale et publiée le 23 décembre 2016.
  • 2. Bien que, officiellement, à partir de 2017, la distinction entre master recherche et professionnel n’existe plus. La recherche est en effet considérée comme faisant partie du monde professionnel et tous les masters universitaires comportent un minimum de formation à la recherche. Cependant, les formations conservent souvent une certaine “coloration”.
  • 3. Voir la notice « Le pilotage de l’université : le recours aux indicateurs de performance », de Maryse Graner, dans ce volume.
  • 4. Aline Branche-Seigeot et Florent Ovieve, « Les étudiants, principal vecteur d’attractivité du Grand Besançon », INSEE Analyses Bourgogne-Franche-Comté, n° 76, oct. 2020  [https://www.insee.fr/fr/statistiques/4799113].
  • 5. Voir la notice « Les réformes et l’évolution de l’offre de formation», de Maryse Graner, Laurence Ricq et Frédéric Muyard, dans ce tome.
  • 6. Les ÉchosStart.fr, 30 mars 2017, « Les bonnes questions à se poser pour choisir son master »,.Sophie Blitman [https://start.lesechos.fr/apprendre/universites-ecoles/les-bonnes-questions-a-se-poser-pour-choisir-son-master-1177303].
  • 7. À l’UFC, le taux brut de réussite en licence (proportion des étudiants qui obtiennent leur diplôme en trois ans) s’élève à 46,2 %.
  • 8. Les résultats sont publiés sur le site du Figaro étudiant. Dans le même classement, l’université n°1 est Versailles-St-Quentin (56,4 %) et celle en fin de liste atteint 16,4 %. Cette étude inclut également la notion de valeur ajoutée.
  • 9. Le taux de réponse à l’enquête est de 72 %.
  • 10. 73 % occupent un emploi stable 30 mois après l’obtention de leur diplôme.
  • 11. À titre de comparaison, au niveau de l’ensemble des universités françaises, seuls 54 % des étudiants en 1re année de master étaient inscrits dans un même établissement en 2018-2019 et en 2019-2020.
  • 12. En moyenne, les universités françaises offrent l’accès à 37 formations de master.
  • 13. En effet, le coefficient de corrélation mesurant le lien entre la part d’étudiants originaires d’un autre établissement et la spécificité des formations ne dépasse pas 0,26.
  • 14. Dans certains cas, la lettre de motivation est suivie d’un entretien. L’étudiant doit bien y expliquer ses choix et les débouchés envisagés, en mettant en avant la cohérence de son parcours.
  • 15. Le taux d’insertion professionnelle se définit comme le nombre de jeunes en emploi rapporté à l’ensemble des jeunes actifs (en emploi ou en recherche d’emploi). Cf. pour l’UFC « Le répertoire des emplois des diplômés de master 2020 » et le » Tableau de bord des formations 2022-2023 de l’Observatoire de la formation et de la vie étudiante ».
  • 16. La mobilité internationale est appréhendée ici par le nombre d’étudiants ne résidant pas en France.
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