La formation permanente : du sur-mesure pour l’évolution professionnelle des personnels

Nicole Gaume – Maryse Graner

Dès la fin des années 1970, différents enseignements gratuits sont proposés aux personnels, qu’il s’agisse de préparer aux concours spéciaux d’entrée dans les universités ou de suivre des cours de langues. Ils sont organisés par l’institut universitaire de formation continue (IUFC)[1] où, à l’époque, formation continue (pour un public extérieur) et formation permanente (pour les personnels de l’établissement) se confondent dans ce seul et même organisme. L’objectif est de financer des stages, entre autres, avec le 1 % prélevé sur les contrats de recherche ou de formation continue avec le privé. Les actions de la formation permanente proposent également des stages en expression écrite et orale, en mathématiques élémentaires, en droit appliqué à la vie professionnelle.

Lors du comité tripartite pour la formation permanente des personnels de l’université qui se tient le 8 décembre 1976[2], le président Pierre Lévêque rappelle que les stages d’initiation aux sciences humaines et à la micro-informatique, organisés par le CNRS, sont ouverts aux personnels. Il suggère que les candidats intéressés puissent suivre un stage culturel de deux ou trois jours sur le thème « Qu’est-ce que la science et comment progresse-t-elle ? ». Présent, l’ancien président de l’UFC Jean Thiébaut propose la création d’un stage d’initiation à l’écologie. En 1980, cette commission se structure et devient la commission formation permanente. Elle organise l’offre annuelle de stages, qui se distingue désormais des missions, spécifiques, de la formation continue.

« La formation continue du personnel de l’université », Bulletin d’information Le Bire, janv. 1978, no 34, p. 2.

Dès 1990, avec Jean-François Robert, l’université de Franche-Comté marque nettement sa volonté d’accompagner ses personnels dans leur évolution professionnelle, au plus près de leur métier. Face au développement des outils technologiques, la mission de la formation permanente est devenue une aide indispensable à la gestion des ressources humaines. À la suite du recensement des besoins auprès des personnels, le plan initial de formation établit une première liste d’une vingtaine de stages à mettre en œuvre.

En septembre 1993[3], lors du mandat de Michel Woronoff,le bureau de la formation permanente, comprenant un poste à temps plein, s’inscrit dans les priorités du contrat d’établissement. Le service dispose d’une dotation financière initiale du ministère de l’Éducation nationale, fléchée vers les personnels administratifs et techniques. Fait alors innovant en France, l’université de Franche-Comté injecte un montant équivalent, prélevé sur son propre budget, pour permettre également aux enseignants d’intégrer la formation. Le tout forme ainsi un budget annuel global de 500 000 francs qui lui permet de répondre à l’ambition de ce double objectif. En 1993 toujours, le service concours formation[4], intégré à la formation permanente, est créé. Il a pour mission de faire connaître et de diffuser les informations concernant les concours, d’en organiser les épreuves, de la réception des dossiers de candidature à l’établissement du planning, puis de la mise en place du jury et des épreuves jusqu’au suivi avec le ministère. Ce service, tout au long de ces années, accompagne ses propres personnels dans la préparation des concours de la fonction publique, afin de favoriser les promotions et de sécuriser les supports de poste d’une partie de ces vacataires. Ce sera notamment une des priorités de l’université, en 1997, afin de préparer les personnels contractuels aux concours de la loi Sapin, sous le mandat du président Claude Oytana, comme ceux de ses successeurs. Le service de la formation permanente de l’université de Franche-Comté rejoint ceux d’autres universités voisines. Dès décembre 1995, le réseau des responsables de formation, permettant d’échanger les bonnes pratiques et d’harmoniser la mise en application des réformes, est créé, sous l’impulsion des secrétaires généraux des établissements d’enseignement supérieur de « l’Entente du Grand Est », réunis à Nancy. Au début des années 2000, le service adhère à l’associationParfaire, qui fédère les différents réseaux interrégionaux, où il collabore activement à la réalisation d’un nouvel outil de gestion informatique consacré aux actions de formation[5].

Sous la présidence de Françoise Bévalot, en 2000, commencent à se mettre en place les entretiens professionnels, ce qui signifie créer des organigrammes, définir des évaluateurs, décrire des fiches de poste selon les branches d’activités professionnelles et les filières (administrative, financière, scolarité, informatique, communication, patrimoine, recherche…). Le budget annuel de la formation permanente s’élève à 600 000 francs.

À partir de 2008, avec la loi sur l’autonomie des établissements et au fil des réformes réglementaires et politiques du fonctionnement des établissements d’enseignement supérieur (LOLF, LRU, RCE), le bureau de la formation permanente devient le service de la formation permanente, puis le service de gestion des compétences, se composant désormais de quatre personnels à temps plein. Il répond aux demandes, individuelles ou collectives, exprimées lors des entretiens professionnels des BIATSS et nécessaires à l’évolution dans le métier. Le budget annuel atteint 200 000 euros. À partir de 2008, avec la direction des ressources humaines à laquelle il est rattaché, le service est largement associé à la rédaction de fiches de postes détaillées, décrivant le champ des fonctions ou missions attendues de chaque agent.

Couverture du plan de formation 2015 de l’université de Franche-Comté. Élodie Crozier.

En 2016, sous le mandat de Jacques Bahi, la gestion des activités du service se modernise avec les inscriptions en ligne. L’offre de formation permanente est désormais quadriennale, couvrant la période 2016-2020.

Couvertures du « Plan de formation à l’université de Franche-Comté » quadriennal, éditions 2016-2020 et 2020-2024. Élodie Crozier.

À compter du 1er janvier 2018, avec le compte personnel d’activité, les agents de la fonction publique de l’État bénéficient d’un crédit annuel d’heures de formation professionnelle. Mobilisables à leur initiative, elles sont accordées dans la limite du budget de l’établissement. Depuis janvier 2019, l’université de Franche-Comté propose un accompagnement individualisé pour les agents et les responsables qui en sont demandeurs. Afin de permettre d’identifier et d’analyser les compétences comportementales (dites soft skills) en milieu professionnel, le service se dote, en 2022, d’un logiciel d’aide à la mobilité ou à la réorientation professionnelle.

Cette mission de formation permanente de l’université de Franche-Comté rayonne et devient un véritable outil de l’évolution professionnelle des personnels de l’enseignement supérieur en région. Dès les origines, l’offre de stages de formation a été rapidement mutualisée entre l’UFC, l’ENSMM, l’UTBM, le rectorat de l’académie de Besançon et le CNRS, sous forme de conventions interétablissements. Le réseau Parfaire, sous l’égide de la mission formation du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, peut donner accès à des formations nationales, très techniques, aux personnes exerçant un métier rare[6]. De plus, la plateforme régionale SAFIRE[7] permet aux personnels de l’université de suivre de nombreuses formations, principalement dans les domaines de l’adaptation à l’emploi et du management. Cette variété permet de satisfaire près de 95 % des besoins exprimés. Le plan de formation, enrichi fin 2022, propose de nouvelles formations dans les domaines du développement personnel, de la déontologie, de la qualité de vie au travail, du management et de l’environnement. Au cours de cette année, dans leur parcours professionnel, 1 377 stagiaires (en formation collective ou sur demande individuelle) ont bénéficié de la formation permanente de l’établissement, soit un total de 2 032 heures, pour un coût de 138 250 euros, sur un budget global de 191 500 €. L’effort de formation de l’université de Franche-Comté comprend l’ensemble des dispositifs conduits par les différents services, composantes et laboratoires de l’établissement et particulièrement par SeFoC’Al, SUP-FC et OSE (orientation stage emploi).

Aujourd’hui, Olivier Jouffroy, vice-président chargé des relations humaines et sociales, pilote la commission de la formation permanente. Cet organe consultatif est constitué de membres issus de différentes instances de l’université (conseil d’administration, commission recherche, commission formation et vie étudiante) et du comité technique (devenu comité social d’administration en 2023). Composé de quatre personnels, le service s’intitule, depuis 2018, recrutement et accompagnement des compétences et des parcours professionnels(RACPP). Il couvre un large champ d’action : le recrutement des personnels BIATSS, la formation professionnelle statutaire et réglementaire, la préparation aux examens, aux concours administratifs et aux autres processus de promotion interne. Il propose des formations pour s’adapter à l’évolution prévisible des métiers, au développement ou à l’acquisition de nouvelles compétences. Enfin, il accompagne les agents dans leur projet de mobilité, leur demande de bilan professionnel ou de bilan de compétences, ou bien dans leur démarche de validation des acquis de l’expérience et d’approfondissement lors d’un congé de formation professionnelle.

La formation permanente, tout comme la formation continue, sont des enjeux majeurs face à l’évolution incessante des métiers et à leur nécessaire adaptation aux transformations technologique et numérique, culturelles et sociétales. Au cours de ces cinquante dernières années, les équipes de direction successives ont été soucieuses de soutenir leurs personnels dans leur évolution de carrière, pour la préparation des concours comme pour la mise à niveau dans leur propre spécialité. Avec les années, la carte des formations s’est enrichie d’une offre indispensable au développement professionnel et personnel des membres de la communauté universitaire[8].

Notes :
  • 1. Voir la notice « De l’IUFC à la formation continue », d’Anne Montenot-André.
  • 2. Le Bire, no 28, janv. 1977, « Formation permanente », p. 2.
  • 3. Tout l’U, no 14, mai 1993, dossier « La Formation permanente, une nécessité individuelle et collective », p. 7.
  • 4. Confié à Marie-Françoise Goliard pour la partie concours et à Marie-Josèphe Clément pour la partie formation (tout l’U, no 26, nov. 1994, dossier « Le service Formation-concours », p. 7).
  • 5. Lagaf : logiciel d’aide à la gestion des actions de formation.
  • 6. À titre d’exemple de métiers rares existant à l’université : litho-préparateur à l’UFR sciences et techniques ou thanatopracteur à l’UFR santé.
  • 7. SAFIRE: Système d’information pour l’animation de la formation interministérielle régionale, plateforme régionale d’appui interministériel à la gestion des ressources humaine du secrétariat général pour les affaires régionales Bourgogne-Franche-Comté (SGAR).
  • 8. La prise en compte des enjeux et l’ingénierie de la formation des personnels enseignants, enseignants-chercheurs et BIATSS sont encadrés par de nombreux textes successifs de 2007 à 2022, relatifs à la formation et à l’accompagnement personnalisé des agents publics pour favoriser leur évolution professionnelle. Tous les agents titulaires et contractuels, sauf les vacataires, y ont accès.
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