Le 30 juin 2016, lors de l’inauguration[1] de son nouveau bâtiment à TÉMIS sciences, l’institut FEMTO-ST donne le nom de Jean-Jacques Gagnepain à son amphithéâtre. Cet illustre chercheur en sciences pour l’ingénieur a su apporter une nouvelle vision de la recherche dans son domaine, à son image : dynamique, entreprenante, collective, ouverte aux autres disciplines, à l’industrie et à l’international.

Physicien, J.-J. Gagnepain a commencé sa brillante carrière en tant qu’enseignant-chercheur, puis chercheur au CNRS. Ses domaines d’expertise scientifique sont les ondes acoustiques et électromagnétiques dans les milieux solides. Il réalise de nombreux travaux sur la piézo-électricité, les phénomènes non linéaires dans les résonateurs à quartz sur les oscillateurs et les étalons de fréquence et de temps ou bien encore la physique des ondes.
Tout d’abord enseignant[2] à l’École nationale supérieure de chronométrie et micromécanique de Besançon (aujourd’hui SUPMICROTECH ENSMM), il devient chercheur au Laboratoire de physique et de métrologie des oscillateurs (LPMO) du CNRS (aujourd’hui dans FEMTO-ST). Après un stage postdoctoral de chercheur invité au National bureau of standards à Boulder dans le Colorado (EU) en 1975-1976, il revient à Besançon, prend la direction du LPMO (1978-1992) et devient directeur de recherche CNRS (1988-2010). Il crée l’Institut des microtechniques de Franche-Comté, (dont il est responsable de 1989 à 1992), préfiguration de FEMTO-ST, avec une vocation fortement interdisciplinaire, orienté vers l’excellence scientifique et le soutien à l’économie par une science ouverte au développement industriel.
De 1991 à 2001, sa carrière prend une tout autre ampleur après sa nomination comme directeur scientifique du département sciences pour l’ingénieur (SPI) du CNRS à Paris, poste où il peut donner cours à ses capacités visionnaires, organisationnelles et stratégiques. Il devient successivement président du centre technique de l’industrie horlogère (1989-1995), délégué aux entreprises du CNRS (1997-2001), président de l’Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité (INRETS/IFSTTAR) (2001-2003), conseiller scientifique auprès du délégué général pour l’armement (2002-2003), président du Laboratoire central des ponts et chaussées (LCPC, 2002-2003), président du conseil d’orientation stratégique des écoles des mines (2002-2009), directeur de la technologie au ministère de la Jeunesse, de l’Éducation nationale et de la Recherche (2003-2006), conseiller du président du CNRS (2006-2010), président du conseil de politique européenne et institutionnelle (2007-2011), administrateur du Commissariat à l’énergie atomique (2003-2006)… Fortement impliqué dans la création de l’agence nationale de la recherche (ANR), dont il préside le conseil d’administration de 2005 à 2007, il devient membre de l’Académie des technologies en 2008, président de l’Institut Pierre Vernier (2007-2010) et vice-président du comité de pilotage Carnot en 2010.
Il a su prendre les décisions qu’il fallait pour sauver les sciences pour l’ingénieur au CNRS. Il soutient leur rayonnement avec des coopérations scientifiques européennes et internationales. Il fait, en effet, encore davantage figure de précurseur hors de France, avec la création de laboratoires internationaux au Georgia Institute of Technology (Atlanta, EU), à l’université de Tokyo, puis à Singapour… unités mixtes qu’il développe selon une dynamique d’enrichissement mutuel, qui se poursuit aujourd’hui. Dans ces opérations, l’implication des industriels est toujours largement valorisée. Souvent très directif, il soutient de manière volontaire sa conception d’une recherche d’utilité publique, servant la société. Si ce scientifique accompli peut parfois donner une impression distante, il s’implique avec une énergie réelle dans les projets choisis, souvent risqués, mais toujours porteurs de sens, les alliés devenant rapidement des amis fidèles.
De nombreuses distinctions sont venues souligner la qualité exceptionnelle de son engagement au service de ses pairs et de la nation : chevalier de la Légion d’honneur (décembre 1998), officier de l’Ordre national du mérite, commandeur des Palmes académiques, mais aussi Médaille d’or de la Société d’encouragement de l’industrie nationale (1991), Cady award 1995, Euspen Award 2005 (European Society for Precision Engineering and Nanotechnologies). Ardent défenseur d’une recherche pluridisciplinaire et décloisonnée, il a soutenu avec passion la mise en place de coopérations scientifiques internationales, mais aussi d’interactions essentielles entre l’univers de la recherche académique et celui des applications industrielles.
Humaniste curieux, passionné de l’histoire du temps et profondément fidèle à ses attaches franc-comtoises, il sait partager avec générosité nourritures terrestres (en particulier régionales) et intellectuelles avec ses compagnons de recherche. Visionnaire et pragmatique, il reste pour FEMTO-ST celui qui a osé imaginer dès 1989, avec la création de l’Institut des microtechniques de Franche-Comté, qu’un tel laboratoire d’excellence, ouvert sur la société, soit possible. Le 30 juin 2016, l’institut FEMTO-ST lui rend hommage en donnant son nom à son amphithéâtre, lors de l’inauguration officielle de son nouveau bâtiment à TEMIS-Sciences.