Né en 1939 à La Mure en Isère, Claude Oytana vit sa petite enfance en Italie pendant la guerre. De retour en France, à la fin de 1945, il ne s’exprimait qu’en italien. Très rapidement, il a deux passions : les sciences et le sport. Il effectue ses études scientifiques en physique à Grenoble, puis se spécialise en magnétisme du solide. Claude Oytana débute sa carrière en qualité d’assistant (1964), puis devient maître-assistant (1969) et professeur des universités en 1980, à la faculté des sciences de Besançon. Titulaire d’un doctorat d’État ès sciences en 1977, il dirige, entre 1984 et 1995, le laboratoire de mécanique appliquée (LMA)[1], à la suite de Raymond Chaléat. Il est l’un des fondateurs de l’institut des microtechniques. Le 20 mars 1995, Michel Woronoff, président de l’université, le nomme vice-président chargé de la recherche, à la suite de Jean Bulabois devenu directeur de l’école nationale d’ingénieurs à Belfort (ENIB).

Élu cinquième président de l’université de Franche-Comté, le 5 janvier 1996, à l’âge de 57 ans, Cl. Oytana prend ses fonctions le 6 février suivant. Homme pragmatique[2], il apporte, durant son mandat, une vision moderne de l’université. Il applique notamment à la recherche, son axe prioritaire, dont, selon lui « dépend la notoriété d’une université, la qualité de ses formations et, in fine, la capacité d’insertion professionnelle de ses étudiants »[3], ses deux maître-mots : « rigueur et lisibilité ». Il encourage des actions pilotes à l’échelon national, comme la création du service régional des stages[4], au profit des étudiants et en accord avec le monde associatif et économique. Il aime ajouter « attractivité, ouverture et innovation », notions nouvelles dans le vocabulaire universitaire de l’époque et qui sont pour lui des valeurs. Cl. Oytana défend l’université, moteur essentiel de la vie régionale selon lui. Pour bien jouer ce rôle et rester dans la course, elle doit s’adapter au monde contemporain, mais aussi offrir au public et aux partenaires extérieurs la possibilité de s’intéresser à elle. Il porte avec convictions les projets de l’université auprès de la région Franche-Comté, des collectivités et des villes universitaires. Pour faciliter l’insertion professionnelle des étudiants et négocier des contrats de recherche pour les laboratoires, il entend faire connaître l’université auprès des milieux socio-économiques. Pendant son mandat, il s’efforce d’offrir une université complète et de qualité, ce qui constitue un devoir régional, vis-à-vis des jeunes comme des collectivités locales. C’est en ce sens que se concrétisent avec lui la mise en place de formations professionnalisantes et pluridisciplinaires et l’ouverture de l’ISIFC, l’école d’ingénieurs en génie biomédical.
Visionnaire et tenace à la fois, il prend des décisions pour l’établissement et aborde les sujets difficiles avec la simplicité qui le caractérise. Au sein de l’université, il sait accorder sa confiance et milite pour une ambition collective : « La cohérence doit se renforcer entre les composantes : nous ne sommes plus chacun à bricoler dans son coin. Aujourd’hui, toutes les actions doivent participer d’un même esprit de projet. Dans la communication comme dans la négociation, on est partenaire puissant si on est unitaire »[5]. Dès mars 1996, il lance une discussion ouverte sur la structuration de l’université, sous forme d’une large consultation de la communauté[6]. Il ouvre le débat sur l’opportunité de scinder l’établissement en plusieurs universités, comme c’est le cas dans d’autres (grandes) villes, ou de scinder des UFR trop volumineuses, pour des UFR de plus petite taille. En 1998, il fait face à de nombreuses manifestations de personnels en situation alarmante de précarité, dossier sensible qu’il tente de régler avec son conseil d’administration.
Cl. Oytana souhaite doter la recherche, pour laquelle il garde une curiosité insatiable, des moyens nécessaires à la réalisation des projets scientifiques des laboratoires. Mais il est conscient que leur attribution, que ce soit par le ministère ou par les contrats quadriennaux, ne se fait plus au saupoudrage, et que les financements ne sont désormais obtenus qu’en réponse à de forts schémas stratégiques. C’est en ce sens qu’il travaille à la structuration des soixante équipes existantes afin qu’elles répondent davantage aux critères d’évaluation attendus. Pour mieux accompagner les chercheurs et favoriser les contacts entre les laboratoires et les entreprises, il crée en septembre 1997 une direction de la valorisation, qu’il confie à Jean Piranda[7]. Ce nouveau service va de pair avec l’incubateur d’entreprises innovantes qui permet aux chercheurs de l’université de monter leur propre entreprise et, par là même, d’insérer leur travaux dans la réalité économique.
L’énergie qu’il déploie porte ses fruits. Sous son autorité, voit le jour un nouveau pôle de recherche, dont le président obtient le financement par la région Franche-Comté et le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, avec le contrat de plan État-région (CPER) 2000-2006. Intitulé « Homme, Temps, Territoire », ce pôle sert de matrice à la création et au développement de l’actuelle Maison des sciences de l’homme et de l’environnement (MSHE) Claude Nicolas Ledoux[8]. C’est également lui qui attribue l’ancien pavillon Bichat, dans le domaine universitaire de l’Arsenal, pour le futur bâtiment de la MSHE. Si les locaux ne sont inaugurés qu’en 2017, ce projet est bien son œuvre car, seize ans auparavant, il a su prendre les initiatives décisives pour sa réalisation. Selon lui, le rayonnement de la recherche participe de l’attractivité de l’université. C’est pourquoi il n’hésite pas à créer des évènements emblématiques. En témoigne son invitation d’Umberto Eco, à qui il fait ensuite décerner, le 28 janvier 2004, le titre de docteur honoris causa, sous le mandat de Françoise Bévalot.
Fait unique pendant un mandat de président, Cl. Oytana signe deux contrats d’établissement : le premier couvre la période 1996-1999 et le second la période 2000-2003. De plus, très exceptionnellement, il obtient que la signature de ce dernier se déroule à Besançon, le 27 novembre 2000, en présence de Francine Demichel, directrice de l’Enseignement supérieur au ministère de l’Éducation nationale.
Lorsque la nouvelle présidente lui succède, il déclare avoir vécu sa vie à la tête de l’université de Franche-Comté « intensément et passionnément »[9]. Claude Oytana décède le 25 janvier 2013. Le 22 octobre 2015, pour rendre hommage à son prédécesseur, le président Jacques Bahi inaugure le nouveau nom de la bibliothèque universitaire scientifique de la Bouloie, qui s’intitule désormais BU sciences sport Claude Oytana, avant de se transformer, en janvier 2024, en learning centre Claude Oytana.