Claude Lorius (1932-2023)

Catherine Tondu

« Recherchons jeunes étudiants pour participer aux campagnes organisées pour l’Année géophysique internationale. » Lorsqu’il répond à cette petite annonce placardée sur les murs de l’université à Besançon en 1955, Claude Lorius (1932-2023) vient d’obtenir son diplôme d’études supérieures en physique à la faculté des sciences.

Dossier de Claude Lorius, étudiant à la faculté des sciences de Besançon, inscrit en première année le 14 novembre 1949. Collection UFR ST.

C’est ainsi qu’il fait connaissance avec la glaciologie, une discipline récente qui deviendra sa spécialité de recherche, une passion qui ne le quittera plus.

Deux ans plus tard, il rejoint la base Charcot en Terre Adélie ; c’est la première des 22 expéditions qui le mènent sur le sol gelé de l’Antarctique, son terrain d’investigation favori. Claude Lorius comprend que les bulles d’air emprisonnées dans les glaces depuis des millénaires recèlent des traces du passé et « qu’elles représentent des témoins fiables et uniques de la composition de l’air ». Des carottes prélevées sur des centaines de mètres d’épaisseur de glace en fourniront les preuves : l’analyse de la composition isotopique des molécules d’eau renseigne sur l’évolution du climat de la planète jusqu’à 800 000 ans, celle d’éléments comme le dioxyde de carbone et le méthane établit le lien entre présence de gaz à effet de serre et changement climatique sur ce temps très long.

Cl. Lorius débute une thèse intitulée « Le deutérium, possibilités d’application aux problèmes de recherche concernant la neige, le névé et la glace dans l’Antarctique »[1], portant sur les carottes de glace qu’il a recueillies en Antarctique. Il la soutient en 1963 et entre comme chercheur au CNRS où il poursuit une carrière remarquable : directeur de recherche classe exceptionnelle en 1987, puis émérite de 1998 à 2008. Entre autres responsabilités de haut vol, il est président des Expéditions polaires françaises (1984-1987), fonde puis dirige de 1984 à 1989 le Laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement de Grenoble, crée en 1992 l’Institut français pour la recherche et la technologie polaires, qu’il préside jusqu’en 1998.

Les distinctions et reconnaissances qu’il reçoit tout au long de sa carrière sont à la hauteur de sa valeur scientifique : chevalier de l’ordre de l’Étoile noire du Bénin (1958), officier de l’ordre national du Mérite (1982), prix de l’État décerné par l’Académie des sciences (1986), chevalier de la Légion d’honneur (1989), European Geophysical Society Fellow (1999), médaille d’or du CNRS (2002), prix planète bleue pour l’environnement (2008), commandeur de la Légion d’honneur (2009), grand officier de l’ordre national du Mérite (2015). Claude Lorius est élu membre de l’Académie des sciences en 1994 et devient correspondant de l’Académie des sciences russe en 1995. 

Le parcours du chercheur, ses recherches pionnières en Antarctique et les avancées qu’elles représentent pour la science se doublent chez l’homme d’un engagement infatigable pour la cause environnementale et climatique. Le 4 juin 2013, Claude Lorius revient à l’UFR sciences et techniques, à Besançon, où il participe à un débat sur le climat.

Claude Lorius lors du débat sur le changement climatique, le 4 juin 2013, à l’UFR sciences et techniques (amphi Croizot). Collection UFR ST.

Il décède dix ans plus tard à Mâcon.

Le 4 juin 2024, l’UFR sciences et techniques rend hommage à son ancien étudiant, en inaugurant un amphithéâtre à son nom dans le bâtiment de propédeutique.

Dévoilement de la plaque lors de l’inauguration de l’amphithéâtre Claude Lorius, à l’UFR sciences et techniques, le 4 juin 2024, par Macha Woronoff, présidente de l’université et Pierre Joubert, directeur de l’UFR. Inès Chalmet.
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