Au début des années 1970, le chômage des jeunes commence à devenir une préoccupation nationale. Les universités doivent faire face, dans certaines disciplines, à des taux d’échec massifs à l’issue de la première année de DEUG et à un biais grandissant dans le recrutement des étudiants des filières de gestion des IUT. Ces derniers sélectionnent leurs étudiants sur dossier et choisissent les élèves dotés d’un bon parcours scolaire, y compris dans les filières classiques, reléguant les candidats « naturels » des IUT qui, eux possèdent un bac technique adéquat, à s’inscrire dans les cursus classiques des UFR où leur cursus va être très vite problématique.
En juillet 1974, le Centre d’études et de recherches sur les qualifications (CEREQ) pilote une enquête nationale sur l’égalité des chances d’accès et de succès à l’université. Focalisée sur l’insertion professionnelle des étudiants, elle est une première du genre. Georges Lambert, secrétaire général de l’université, me confie la mission de terminer cette étude, entamée par Françoise Crézé, puis de proposer un plan d’action qui contribuera à une meilleure information des candidats à l’entrée à l’université. Je dispose de l’aide de l’équipe du BIRE que je viens d’intégrer, au départ de Françoise Crézé.
L’étude porte sur les étudiants ayant quitté l’université en 1970, sans se réinscrire l’année suivante. Sur les 2 443 étudiants interrogés par courrier, 764 réponses sont exploitables. Sur 100 étudiants quittant l’université de Besançon, 40 sortent sans diplôme (avec des variations allant de 13 % en IUT à 80 % en sciences économiques), 8 avec un diplôme de 1er cycle, 34 avec un diplôme en 2e cycle, 4 avec un diplôme de 3e cycle et 10 admis à des concours divers tels que le Capet, le Capes et l’agrégation. De plus, 46 % des diplômés trouvent un emploi en trois mois, et seuls 3 % sont encore sans emploi après un an. 62 % des effectifs travaillent dans le secteur public. Point notable, 9 étudiantes sur 10 ont des emplois dans le secteur public ou parapublic, alors que ce n’est le cas que pour 7 garçons sur 10. Tous ces chiffres peuvent cependant varier sensiblement selon l’origine des composantes d’études.
Le résultat de l’enquête confirme que les universités doivent faire face au problème majeur du recrutement et de l’orientation de leurs étudiants et doivent aussi les préparer à un mode de vie et d’accompagnement pédagogique, en rupture avec leur vie de lycéens.
Pour répondre à ces problématiques, l’université de Besançon déploie une campagne annuelle d’information à l’intention des élèves des classes terminales des lycées de l’académie. Sa réalisation opérationnelle mobilise, annuellement et pendant plusieurs mois, une dizaine de personnels représentant les grands cursus d’études et la logistique de la petite équipe du BIRE. Ils se rendent ainsi chaque année, pendant une demi-journée, dans chaque lycée de Franche-Comté.
Pour compléter le dispositif et afin de partager nos bonnes pratiques et nos retours de cette expérience innovante, je propose, en 1976, au CNDP (Centre national de documentation pédagogique) de coproduire un film, à vocation nationale, tourné à Besançon. L’idée est de permettre aux autres établissements de bénéficier de notre connaissance du sujet et de notre capacité logistique d’organisation. Tourné en 16mm, ce film, intitulé « Entrer à l’université », explicite bien les différents aspects liés au changement de vie, du lycéen à l’étudiant. Il est ensuite largement diffusé sur FR3, pendant plusieurs années, et l’université l’utilise pendant ses campagnes d’information.
Parallèlement, cette enquête du CEREQ met en évidence la nécessité d’élargir les perspectives professionnelles des étudiants, jusque-là majoritairement centrées sur la fonction publique. Permettre à des étudiants diplômés de droit, sciences économiques, lettres, sciences ou sciences humaines de candidater sur des postes proposés par les entreprises, suppose un aménagement des cursus, une connaissance des carrières du secteur privé et de ses méthodes de recrutement.
L’université de Besançon est la première en France à mettre au point et à proposer à ses étudiants des sessions de trois jours, centrées sur l’élaboration de leur projet professionnel et la mise au point de leur stratégie de recherche d’emploi. L’expérience est exemplaire : le journal Le Monde, puis le magazine L’Express dépêchent un journaliste pour relater cette initiative modèle. Celle-ci est ensuite parachevée par l’installation inédite d’un relais de l’APEC (Association pour l’emploi des cadres) dans les locaux du BIRE, qui consiste à mettre à disposition la documentation de l’APEC et surtout de son fichier actualisé d’offres d’emploi, désormais consultable par nos étudiants.